WS BURROUGHS vs FORMULE MORT (extraits)

Paru le 23 Juin 2007
Editions Jean-Michel Place
122 pages – 14 Euros
disponible sur la boutique moderne 

1.

Ciel bleu froid, bruits d’oiseaux, fibre de câbles près des tempes, pages argentées que la mer tourne, et plus un bolide. D’une mer l’autre, à même le silence des messages, forts désertiques et ponts traversés par le cyclone, hordes humaines figées dans le sel, des siècles attendent qu’une voix-radio s’éveille et diffuse les bribes de la formule mort. Crachis dans l’espace atone, puis fragments de musique – pause, au neuvième timbre, il sera 3 heures… W. S. Burroughs is calling.

– Words falling – photos falling – … – he’s gone away in the invisible morning…

Impossible après wsb de reconnaître identiquement les livres, les films ni les chansons qui le précèdent ou lui sont contemporains. La formule mort imprègne tout – ses secrets résident en deçà des mots, puis les dépassent.

Burroughs nage puis émerge des enfers comme à la surface d’un paradis où l’équité des mots, la matité syntaxique, et l’acuité des images roulent au seuil d’un océan de flammes froides, brassées entre elles comme « ça ». Nous sommes là, et tout est devenu possible. Le meilleur, comme le pire adviennent, l’un et l’autre surgis d’une seule concomitance où l’analogie et le hasard objectif se jouent des (nos) leurres. Loin de remettre la table, ils la défont pour un festin nu après lequel ni soi ni l’ouvrage des ombres ne comptent plus pareil. Main Gauche – initiation par la Voie des Périls…
Un Livre des Morts commence – montage…

« Les écrivains n’écrivent pas, ils lisent et transcrivent », lit-on au début des Journaux de Retraite de WSB. Ils doivent saisir la chose au vol, au risque de ne plus la voir se manifester… Mais quelle nature de songe captent-ils. Et cette nature varie t-elle selon qu’ils pratiquent une forme de révélation ou une autre. Lesécrivains favorisent l’entrée dans les livres, dit encore Burroughs – mais aussi : « on ne peut abuser impunément de l’évocation de la mort ».

Ici le contrôle-mort occupe le terrain. Nos bons vieux flics profs écrivains sortent annuellement une mise à jour du roman camériste… L’idéologie de la mesure « à tout prix », devenue celle de la coercition par l’effacement, trouve force de loi et ne valide plus l’objection que si elle propage l’empoisonnement de sa langue de bois. Artaud, Ezra Pound ou Céline ont défié le paraclet – ils gisent dans l’embarras suspect des procès d’intention – en attendant un embaumement circonstancié.

Burroughs, quant à lui, continue d’alimenter les stocks d’armes. Sa voix traînante de gars du Sud persiste à accentuer la neutralité affective du ravage. Towers Open Fire – La caméra est l’œil d’un vautour… – « vous n’êtes que les pantins d’une république de bananes. Et rappelez-vous que nous avons vos photos. »

« Nous avons l’intention de marcher sur la machine policière où qu’elle soit. Nous avons l’intention de détruire la machine policière et toutes ses archives. Nous avons l’intention de détruire partout l’organe de presse de la machine policière qui se cache sous le nom de presse mondiale. Nous avons l’intention d’anéantir tout système verbal dogmatique. » (wild boys)

(A suivre..)

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