France Culture rend hommage à Venezia Central

A réécouter ici

 

Venezia Central réunit des textes s’échelonnant sur une vingtaine d’années. Chacun d’eux marque le seuil d’une évolution ou d’une mutation, car telle est bien la fonction de la poésie : forcer un passage que la prose ni aucun film ne saurait former. Retour à la nudité rythmique des mots, poème pour rien sauf entendre une autre voix, qui marche le monde.

Les amis morts, la tentation brutaliste du noise’n’roll, la tenture neigeuse du cinématographe, le brouillard des grands récits captifs hantent plus que n’habitent ce livre. Et toute l’agitation d’un siècle évanoui, alors que bruit toujours l’Ange de poèmes silencieux.

 

 

Ecrivain et cinéaste, F.J. Ossang est né en 1956.

Dés 1977, il crée la revue Cée (Céeditions / Christian Bourgois). En 1980, il fonde le groupe MKB Fraction Provisoire qui enregistre 9 albums.

Cinéaste, il a tourné plusieurs longs-métrages dont Le Trésor des îles chiennes (1991), Docteur Chance (1998), Dharma Guns (2011) (réunis en 2 coffrets DVD chez Potemkine / agnès b) – et prépare un nouveau film : pour 2015.

Il est notamment l’auteur de Génération Néant (1993), W.S. Burroughs (J.M. Place, 2007), Hiver sur les continents cernés (Le Feu Sacré, 2012) ou Mercure insolent (Armand Colin, 2013).

En 2015, il publie un livre de poèmes au Castor Astral : Venezia Central – et prépare un nouveau long-métrage : 9 Doigts.

 

Les chansons et musiques sont extraites des films : Dharma Guns, Silencio, Docteur Chance.

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Mordu Ossang, Les Inrocks

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Regardez miroiter ces titres de films : L’Affaire des divisions Morituri ; Le Trésor des îles chiennes ; Dharma guns… Rêvez ces titres de livres : Tasman orient ; Ténèbres sur les planètes ; Hiver sur les continents cernés… Ah, c’est sûr, ça change de L’Elégance du hérisson, des Petits mouchoirs ou de Je vais bien ne t’en fais pas. F.J. Ossang ne fait partie de la galaxie des box-officiers, best-sellers et autres bankable stars du marché. Il vit, vibre et créé sur sa minuscule et solitaire planète, un splendide astre noir où scintillent des notions anciennes comme « électricité », « pellicule », des gros mots démonétisés comme « poésie », sous l’égide de Mallarmé, Eisenstein, Burroughs, Murnau, Welles, Strummer… Il publie ces jours-ci Mercure insolent (La Fabrique du sens, Armand Colin), un texte insolent et mercuriel où il mêle journal de bord d’un cinéaste entravé, carnet de voyage aventurier, critique sauvage du système économico-culturel qui embourbe les artistes guerriers, essai cinématographique transfiguré par une langue de feu.

Entre mille considérations, Ossang prône la pellicule argentique contre le numérique. Réac F.J. ? Pfff, à l’ouest, ou au ciel, en tous cas bien loin de nos catégories et tiroirs étriqués. Décidant que le cinéma primitif est la pointe indépassée de la modernité, armé d’un verbe flamboyant comme seule vérité, samouraï propulsé par une colère totalement dénuée d’aigreur, Ossang nous téléporte dans les sphères de la fulgurance poétique et stylistique, à mille années-lumière des petites querelles terrestres anciens-modernes. Empêché par un système où les chaînes TV enchaînent les francs-tireurs de son genre, Ossang ne tourne pas. Alors il fait des livres. Où, tel un Django Unchained et vraiment déchaîné, il écrit, au hasard de 150 pages réverbérentes : « Si l’on eu recours au Cinématographe, c’est pour accélérer le monde à la façon du rock’n’roll… Défigurer l’instant pour qu’il écume, et détonne parmi les discours convenus ! ». Ou encore : « À quoi bon voir ces films nauséeusement ‘réalistes’ fabriqués pour le découragement – ces ordures visuelles du non-être, après lesquelles chacun se remise dans son antre au lieu de bondir par le monde voir quoi peut en sortir, et nous démesurer… ».

Aller, une dernière secousse pour la route : « Temps mort pour la chimie cannibale : je me souviens 1989, quand l’on amena la caméra 35 mm Technovision sur le plateau des Açores, pour Le Trésor des îles chiennes… Ravage du cadre incroyablement large, ratissant tout sur son passage, vertige des tourelles d’objectifs en cinémascope, et démentielle appétence pour la pellicule noir et blanc dégorgeant des magasins : grise, lisse, vernie sur une face – brun clair beige et mate sur l’autre face… Je l’aurais dévorée, comme du chien enragé par une nuit de pleine lune équinoxiale… Autre siècle…« . Splendide livre électrique, convulsif, spasmodique, tellurique. Texte atomique, inspiré, qui décharge tellement d’images que c’en est aussi du grand cinéma. Mercure insolent. F.J. Ossang.

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22 avril, FJ Ossang en lecture/signature à Toulouse

Librairie Ombres Blanches

50 rue Léon Gambetta, 31000 Toulouse
FJ rencontrera les lecteurs pour partager des extraits de Venezia Central
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Xavier Ride sur Instagram, Chez Modjo closing Party

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Tasman Orient

Tasman Orient
Dossier de presse

Le point de vue des éditeurs

Que faire sur terre lorsqu’on a réussi à éviter une entrée dans la vie « habituelle »…

Un aventurier de l’intérieur, un trafiquant de rêves, F.J. OSSANG est retrouvé en Nouvelle Zélande. Vit l’inconnu comme fourneau alchimique, le corps comme matière première. Il accumule les notations précises — des lieux, des heures, des sensations, de l’Histoire — et convoque odeurs, sonorités, lumières, températures, couleurs, alors même qu’il s’interroge sur le « pourquoi écrire« .

Si chaque crépuscule cache à peine la chute — « Ouest, fin de l’Esprit ? » — de chaque aube naissent des voeux.

Le lecteur emporté de travellings en gros plans, s’ouvre à la traque d’une épiphanie. De la sienne même, peut-être. 5h43. Capter un instant. Jamais avant, jamais après, unique. Est dans le mystère du présent. Est dans la capture du réel par les mots. « Dieu cogne en douce« .

Avec ce texte rythmé, vertébré, strié de pluies ou engourdi de brumes, F.J. OSSANG grave une façon d’être au monde. Électrique et Inspiré.

 

Publié par les éditions Diabase
BP 31 – 1, place de Nazareth
22130 Plancoët
tél : 02 96 84 26 30
fax : 02 96 84 24 18
Editions.Diabase@wanadoo.fr

Auckland

Sur la terrasse du 3ème étage à l’angle de Liverpool Street et City Road, avant sept heures du matin. Cris de mouettes. Buildings en verre pris dans un enchevêtrement de tours et de grues. En bas, Queen’s Street drive tout le centre-ville — dans le fond, une échappée de port…
Horizons de maisons privatives en bois teinté, à l’Est et au Nord — brouillard cardinal. Reflets du petit-jour, bruits de sirènes et soudain le bondissement du Soleil sur un bord du visage — l’Astre s’élève très vite. Un goût de Pacifique.
Printemps Austral.
Midi, nuages tout autour de nous. On mange une soupe asiatique. Longue marche sur Karangahapé Road (K-Road), croisant les fantômes rochénolliens d’après-midi. Yeux cernés, fripes délavées par les temps de chimie. Bars vides, grand courant d’air au-dessus des échangeurs, drugs-nation. Millenium. Devant un arrêt d’autobus, des femmes Maoris apprêtées tout de blanc pour un mariage.
Plus loin, des passants gris marchent pieds nus devant un établissement de strip-tease peint en rose et indigo — fermé, c’est dimanche. Un type en robe de femme converse activement sur un banc de preacher avec un gars plus jeune, le cheveu ras et les pieds sales. Mysticisme naturaliste lsd 25.
Soudain le froid plus acéré. On descend par les jardins déserts. D’autres avenues glaciales. La circulation inversée des voitures — britannique.

Auckland

Les autobus émettent un bruit de puissante cylindrée. Il y a des vans, des picks-ups, quelques vieilles anglaises et américaines — des japonaises, et des coréennes. La jeunesses arbore une grungitude vestimentaire. Pieds-nus, pantalons-sacs, triples boots, cuirs démontés, franges et capuches oxygénées.Jeune zombie chauve longiforme dans une redingote noire affublée d’un sac en guise de pantalon — baskets à talons compensés — tout l’effet Nosferatu brisé quand on descend du col vers les jambes. British tombant tout au Sud…10 heures 30 Athol picks us up. On trouve une Rental Corolla 20 $ per day pour 60 jours — je me familiarise avec la transmission automatique de la Toyota et Bangh ! N-1 Wangharei Hignway North.Lumière tour à tour confuse et limpide, bords de mer hérissés de fougères géantes, palmes, eucalyptus — montagnes vertes où la brume traverse. Forêts, prairies — taureaux noirs, moutons et tous les oiseaux.18 heures dans une petite maison tapie sous la végétation, au nord de Wanghareï. Tout y est propre et ordonné. La maîtresse des lieux possède une grande bâtisse tout à côté en tôle — façon bois — verte et jaune assortie à la dépendance (versatile). C’est une Anglaise — ou une Galloise. Grande, blonde, un peu distante. Sa fille, 5 ou 6 ans, les cheveux très clairs, se nomme Bromwen.

Far North région des esprits — voile british.
Les Maoris seraient venus entre le huitième et le treizième siècle de notre ère — les Européens au dix-huitième…

Avant eux : désert humain.

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Le ciel éteint (extraits)

Une villa sur les hauteurs d’une grande cité portuaire, au crépuscule. La chaussée en ciment d’une pente menant au garage. Poussière.

Électricité d’un poste à soudure. Un homme jeune en t-shirt, lunettes noires. Il cesse de fondre le raccordement quand une voix de fille l’appelle depuis le balcon de fer forgé surplombant l’entrée du garage. « War Pimp Renaissance ».La fille porte des gants de latex noir qui montent au dessus du coude. Quand le type soulève ses lunettes de soudeur sur le front, elle lui adresse un clin d’oeil et son baiser s’envole. Elle se retourne et entre dans une grande pièce donnant à l’arrière sur un lac. Meubles couverts de bâches.

De l’autre côté de la villa, un embarcadère et un hangar à bateaux.

La fille regarde le vide lacustre au coucher du soleil. Les reflets sur l’eau noire, et loin sur l’autre rivage, les premières lumières. Elle songe un instant. Poussière de serpents à sonnettes, et des étincelles électriques. Après avoir marqué un arrêt, elle traverse à nouveau la pièce bondée d’objets vétustes et de meubles couverts, puis revient au balcon sur l’autre versant. « Faith Hope and Treachery ». Le Soleil.Le dîner servi sur une table peinte en blanc. Lumière confuse montée des aquariums, un volume d’écailles émerge fugitivement de l’opale. Elle se fige et cherche dans sa poche une boîte de comprimés. Derrière elle, la nuit tombe sur le lac. Un songe lui démonte le regard. « — Mon Dieu, nous sommes maudits — réellement…», murmure-t-elle en s’effondrant sur un fauteuil. L’étrange lumière virant au bord de son visage — puis la ténèbre où ses yeux luisent.
Un bruit de moteur venu du garage.
NOIR.

« Une histoire de nourrissons surcalcifiés remontant depuis le delta. »

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Chronique de Venezia Central chez CCP

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F. J. Ossang : Venezia Central

par Jacques Donguy

« Ossang et son Codex Série Noire dans le bunker irradié, vidéo-flipper filmant OPAK CITY – RADIO SPEED, RADIO STRIKE », selon Pélieu. Venezia Central fait la couverture, un transfert d’image Polaroïd sur film périmé. Ossang, qui a créé la revue CEE, qui a fondé le groupe de rock MKB Fraction Provisoire et qui est l’auteur de films comme Dharma Guns, Le Trésor des îles Chiennes diffusés en DVD aux éditions Potemkine. Lisbonne et le fantôme de Pessoa, Madrid, Nice. Landscape et silence, ténèbres sur les planètes. Dernier regard sur l’Europe. Les amis morts, la tentation brutaliste du noise’n’roll, la tenture neigeuse du cinématographe, le brouillard des grands récits captifs. Toute l’agitation d’un siècle évanoui.

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Landscape et silence (extraits)

Des bruits de construction couvrent le décor,
un fond de musique distingue l’arrière-plan de la mémoire,
je lève les yeux vers la surface la plus claire de l’espace,
mais les paupières tombent — la pupille se dilate violemment :
le ciel est d’un bleu trop clair.

Comment le monde apparaîtrait
si l’on démesurait l’intensité du bruit de construction
qui brode…

Des bombes ! Il y aurait le bruit des bombes !
Et du sang plein ce mur.
On verrait comme le ciel est d’un bleu trop clair.

Non, les vraies saveurs sont mortes.
Le jour poursuit une course invalide entre la frontière italienne
et les souvenirs de France.
Plus d’attachement réel.
J’entends un bruit diffus de circulation, la vapeur grise
qui encombre les pensées — et c’est tout…
La côte d’Azur, loin.

Il reste une poussière d’incertitude aux marges du landscape
que chaque soir je m’efforce de décrire avec la minutie
possible quand on a l’esprit nulle part.

La valeur de rose sur le crépis des maisons, la courbe bleutée du ciel,
la complexion neigeuse des montagnes ce jour de printemps,
le froissement d’ailes d’un oiseau sur le rivage oriental du balcon :
tout ça ne marche plus et s’effondre dans un goût objectif
de fin du monde.

Même la musique tourne à vide.
Et tous les mots qui font mal, n’agissent plus.
On pense à la mort de l’art… Ennui !

Eh quoi ! le ciel existe, et l’histoire de cette région de l’univers
où l’on vit le jour et fit les premières armes de sa délinquance…

Il reste les films. Le visage humain — et l’oeil rapace du lanscape.
On a connu le front d’invisibles batailles, et le trouble
incident de la chair, mais soudain l’on se noie dans une phrase.
Tout s’effondre. Oui, j’ai tout vu…
Goût objectif de fin du monde.

Bruit de machines perforantes, sifflement des sirènes, le trottoir
explose, éclats de vitres, fractures de portières…
La terre se dérobe.

Reprendre courage, extraire les phrases qui assomment, courir
l’immense bruit qui gagne
où l’on cogne en désordre pour asséner les sens, défaire
le vide mat, atteindre l’autre rive où les dieux bougent… Ennui !

La guerre contre l’homme s’élance — et ça ne porte pas à
conséquence.
Le cadre n’existe plus. Le silence force l’horreur, la vitesse
devient irréelle — elle pue le sang, la mauvaise ardeur de chair,
l’impasse des nerfs : oui, j’ai tout vu… Las !
D’abominables feuillages noirs viennent fleurir la pensée.

Dieu parle dans une nuit étrange où l’agitation ne se dénomme pas.
Et l’on est bien en peine, au moment de relire ces phrases néantes
et compliquées, d’affirmer d’où elles viennent et conduisent.
Dieu n’explique rien. Il fonde un espoir comme on nourrit son
attente. Landscape et silence.

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Les 59 jours (extraits)

A l’Ouest, toujours à l’Ouest…

Le 18 octobre, 13 heures, on décolle pour l’Amérique du Sud.

19 heures, Caracas. Minuit, c’est Lima.

À 5 heures du matin, on foule la terre de Santiago du Chili — nuit pleine de smog au dessus de nos têtes. 6 heures, on s’endort Hotel Monte-Carlo. Elvire glisse en rêve sous mes doigts. Les 59 jours commencent.

Le 20, on émigre au Residencial Londres.

9000 pesos la nuit. Style colonial anglo-hispanique. Plafonds de cinq mètres, salons de boiseries, portes sombres, murs de pastels, marqueterie et sanitaires début de siècle…L’hôtel est au croisement de la Calle Londres et de la Calle Paris. Quartier minuscule en dérive au large d’Alameda, la grande artère axiale — l’artifice de l’architecture est tel qu’on dirait un décor de cinéma.On dîne au restaurant panoramique du Foresta, d’où j’attendais l’avion de Paris, il y a tout juste un an. L’impression d’utopie américaine qui m’avait submergé, s’empare d’Elvire : on arrive de nulle part, et pourtant c’est l’Amérique du Sud qui commence. On a les yeux à hauteur de la cime des arbres du Cerro Santa Lucia. Le Soleil se couche avec le goût d’un Pisco Sour.

Toute la première semaine, j’interroge le mur des hôtels, la façade des restaurants, le goût de fruits de mer et de glaciers qui émane des cartes de l’Extrême-Sud, la rumeur de saga sels et poussières dans l’immense désert du nord, la saturation sonore oxydée de carbone des grandes artères desséchées de Santiago. Moteurs et klaxons d’autobus, collectivos Nissan, pick-up Chevrolet, Ford Dalcon, 404, Daewoo… Un après-midi, j’observe la végétation luxuriante du Cerro Santa-Lucia qui oscille sous une méchante brise de pollution mexicaine. Les passants dans la rue ont presque tous la peau blanche. Je songe aux Indiens Alakalufs de l’Ile Wellington — disparus comme ce livre que Joseph Emperaire leur a consacré : Les Nomades de la Mer. Le Mauvais Esprit monothéiste Ayayema est là…La dernière Ohna est morte en 66 — on peut lire le poème de sa mort dans les guides : « Alors que je chante ici / Le vent m’emporte / Sur les traces de ceux qui sont partis / Je peux maintenant me rendre à la Montagne du pouvoir / Je suis arrivée aux Grandes Montagnes du ciel / Le pouvoir de ceux qui sont partis revient à moi / Ceux de l’infini m’ont parlé. »Mais on ne saura pas qui a parlé au malheureux Pedro de Valvidia; le conquistador de Chile, quand les Mapuches l’ont découpé en tranches. Il reste de lui ces merveilleuses cartes postales qui décrivent à Charles-Quint les premiers reflets de la Terra Incognita. De sacrés gaillards, les Indiens Mapuches — les cousins sudistes des Apaches d’après Raùl Ruiz. Ils ont régulièrement totémisé du cadavre de Castille sur trois siècles d’insurrections australes. On en rencontre toujours sur les régions tempérées au Sud de Santiago…

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Au bord de l’aurore. (extraits)

MADRID FACE AU NORD DÈS LE SOIR DU 21

Soleil d’hiver. La neige sur les montagnes. Le goût bleuté d’une rose que le givre a surprise. La brume et la nuit où ronronnent encore d’immenses projecteurs au sodium.J’arrive à Madrid — plus tard je dirai comment. J’ai fui sous les bombes merdeuses, je m’ébroue, on s’accroche, je regarde le jour se lever sur l’interzone pelée qui recouvre l’abri nucléaire de la Moncloa — j’ai besoin d’écrire, et ressusciter. Je suis venu avec 10 livres, à peine plus, une machine à écrire et Chérie. Je me remémore Burroughs : un écrivain, ça écrit. Mektoub ! (c’était écrit). Et le problème d’un écrivain, c’est d’abord de générer la continuité de l’exception — l’exception qui consiste à écrire, un jour, pour de vrai, sans raconter de salades, et poursuivre, en dépit de tout, en s’attendant au pire. Et Céline : dans les très vieilles chroniques on appelle les guerres autrement — voyage des peuples… Et les portugais : VIVRE N’EST PAS NECESSAIRE, NAVIGUER EST NECESSAIRE… J’arrive pas à commencer comme eux ! Je patauge : je saute sur le début du Voyage, puis du Festin, nein ! Je feuillette Approches Drogues et Ivresses, et c’est Dostoïevski qui cause de Londres : les femmes ne le cèdent en rien aux hommes et s’enivrent tout comme eux ; les enfants courent et se traînent parmi eux, de tous cotés…Je reviens à Madrid, et c’est Mauvais Sang qui me ramène à la raison : il m’est bien évident que j’ai toujours été race inférieure. Je ne puis comprendre la révolte. Ma race ne se souleva jamais que pour piller : tels les loups à la bête qu’ils n’ont pas tuée. RIMBAUD.

Et si ma dernière vie s’était arrêtée surprise en plein vol au dessus des collines de boues, étincelles, suie, ferraille et sang, juste au dessus de la base de Diên Biên Phû… Encore un souvenir sans marque réelle, la chanson me tourne la tête. J’ai envie d’écrire un livre sans savoir où commencer. Le jour, la nuit. Madrid, la France, l’Indochine, la Virginie du Sud ou la Russie. Quand on a pris le parti des Rebels et d’Hannibal au début de l’enfance, tout s’en suit, jugeait lucidement Scott Fitzgerald. Id Est… L’affaire  a mal commencé, la conclusion ne saurait qu’être sombre, mais quand même ! On n’arrive pas à s’empêcher d’imaginer élégante façon de s’esbigner du cloaque et pour toujours ! NE RIEN LAISSER DERRIÈRE SOI.Je réside face au Nord, dans la clarté du froid sec, pulmonaire comme l’hiver du Soleil, je caresse Chérie dans l’ombre palaciale du presque mauvais goût madrilène, celui-là même qui garde la saveur aux lèvres de l’histoire comme afin de distraire la passion d’un objet qui aveugle.

 

 

 

 

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