Chronique de Venezia Central sur Recours au poème

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F.J. Ossang, Venezia central

La désolation de l’esprit, le vrai tourment de la condition, est de voir intelligence et Amour se diviser et s’opposer dans l’homme. De ce tourment, il est bon et nécessaire que des témoins soient parmi nous, et qu’ils le chantent. Pierre Emmanuel

Dans son ABC de la littérature, Ezra Pound distinguait le mauvais critique en ce qu’il parle d’abord du poète avant de parler de la poésie !

Pour « dire » Ossang mieux que tout autre, il y a en ce livre la postface subliminale de Claude Pélieu Ossang saute dans sa voiture rouge au coin de la rue de la femme qui pleure… Et tout, ou presque est dit.

Je tacherais d’évoquer, moi, le verbe d’Ossang. Sa voix poétique, car c’est une voix qui vient frapper vos auditifs canaux lorsque vos yeux parcours les lignes de cette poésie. Des lignes qui sont comme des routes, des chemins, des couloirs aériens. Asphalte des mots, terre des mots, air de haute sphère des mots. Une voix un peu haut perché, un peu éraillée, chromée, toujours un peu ironique qui vous cingle, vous sulfate, véloce, mordante comme un soleil en fusion, piquante comme un grand froid sibérien, comme un vent d’acier argentin. La voix  qui sillonne les frontières escarpées « dans le froid spécial des matins de voyage ».

Impitoyablement moderne et sans pitié aucune pour les illusions modernistes le verbe d’Ossang virevolte sur les horizons glacés d’un monde en acier oxydé. Impénétrable voyage cyclique. Il sait aussi chanter les visions crépusculaires des beautés altérées et pourtant immuables. Venezia Central comme point central d’un effondrement, d’un affolant désastre pourtant assumé, déjà consumé par le chant. Auroral et automnal, le chant poétique d’Ossang sait se haler aux pales rais de multiples soleils blancs croisés aux fils des ans et des kilomètres (de langues et langages aussi) avalés. Il est d’une lignée rimbaldienne ce psalmiste là, lignée qui, par essence fait rupture et brisure mais qui, contrairement à la contre-initiation malarméenne, ne débouche aucunement sur un « néant ».

Comme la musique, dans l’essoufflement nihilistique de l’acoustique, s’électrifia pour n’être plus, tout entière, que vibration féerique et démonique à la fois, de même la poésie d’Ossang est électrique de toutes ses fibres. La parole est mekané, rafales techniques (au sens grec d’artistique), pulsations angéliques et rebelles, en créneaux critiques dans les vu-mètres !

 

Point de hasard si la mythologie rock’n rollienne s’exprime
dans les termes de Kali Yuga. Sexe et destruction.
Et nous autres, barbares adeptes du Trident de Merde et de Soleil,
citoyens d’exil de Venise et de son incendie
nous n’avons peur que de « l’autre ciel » (la nuée de souffre émanant
de la contre-initiation).p. 26

 

A la suite de Venezia Central, canto nucléaire à la cité des Doges comme cœur défait de l’Europe, sous l’ombre tutélaire d’Ezra Pound martyr, les stations des voyages spatio-temporel du poète électrique s’enchaînent. Elles s’enchâssent les unes dans les autres. Condensé de prose poétique haletante sur les limes eschatologiques, dans les espaces crus des no man’s land, le verbe d’Ossang harmonise les excès énergiques de la vitesse et de la rage.

Pluie de neige et Unité 101, comme des synopsis, nous parlent depuis les hautes positions du vertige téléologique. Le verbe claque en secousses telluriques. La phrase est longue comme les denses nuages de ciel à vitesse grand V reflétés dans des verres fumés, mais jamais à bout de souffle. Elle est succession, superposition découpée au scalpel d’images de mercure, noir et blanc plein d’un contraste qui fait mieux percevoir les couleurs. Et puis il y a comme une profonde et plus lente inspiration et c’est Cet abandon quand minuit sonne.

La poésie d’Ossang, poète de l’ici et de l’après-demain, paysages de fin de voyage, paysages de fin de la fin paisible et ravageant, comme l’éther premier.

 

Je voulais le monde, bien que l’oeil froid du Soleil d’hiver
déverse en moi la pesanteur d’une inquiétude saturnienne. p.35

 

Paysage et silence. La poésie, sa poésie est cette zone trouble, zona inquinata, zone double de silence et de réponse… De réponses parfois sourdes parfois inquiétantes de silence. Parfois, encore, aussi explosives qu’une apocalyptique rédemption :

 

Dieu parle dans une nuit étrange où l’agitation ne se dénomme pas.
Et l’on est bien en peine, au moment de relire ces phrases néantes
et compliquées, d’affirmer d’où elles viennent et conduisent.
Dieu n’explique rien. Il fonde un espoir comme on nourrit son attente.

(Landscape et silence. p.63)

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Photos Michèle Collery – Dédicace FJ Ossang 13 juin 2015 – Venezia Central

Le samedi 13 juin 2015 – Place Saint Sulpice, Paris – Stand du Castor Astral

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Aussi haut que nous le pourrons, aventures dans le commerce de la poésie, (Monsieur Toussaint Louverture, 2005)

Les nuits carminées de F.J. Ossang

par Thierry Acot-Mirande

L’UN DES PREMIERS SPECIMENS DE LA ZOOLOGIE FANTASTIQUE de Borgès est formé par les animaux des miroirs. Ceux-ci sont d’anciens êtres tout différents par la substance, la couleur, la forme, des humains ; ils se révoltèrent, envahirent la terre, furent repoussés dans les miroirs et condamnés par l’Empereur Jaune à « la tâche de répéter, comme en une espèce de rêve, tous les actes des hommes ». Mais, dit Borgès, « un jour ils secoueront cette léthargie magique (…) Avec les créatures des miroirs combattront les créatures de l’eau (…) D’autres pensent qu’avant l’invasion nous entendrons une rumeur d’armes au fond des miroirs. »

Maintenant que référence est faite à ce qui, du plus haut du monde littéraire et du monde spirituel en vient à éclairer à nos yeux la création de F.J. Ossang, il nous faut bien admettre que cette création, que cette oeuvre ont partie liée avec le tango de l’entropie. Bien des titres sont significatifs de cette entreprise négative ou, sinon négative, du moins essentiellement ambigüe. Les Guerres Polaires ; Génération Néant ; Ciel éteint ; Landscape et Silence.

Oui, plutôt qu’à un compagnon d’Enfer de Rimbaud, auquel certaines intonations, certains cris sortis tout armés du corps et du coeur martyrisés font quelquefois penser, c’està quelque douteux Corinthien mal converti, à quelque Romain encore haineusement tenté par la triste matière du monde que l’on se surprend à songer à lire telle ou telle page du poète, écrite à la pestilentielle bougie de l’Apôtre lui-même prisonnier de la douleur de vivre encore, c’est à dire de survivre à Dieu.

Lambeaux. Et d’abord la matière de la langue, qui vient en masse. Sucre brun dont sortent des fantômes de glaise qui énoncent des sortes de lois, qui proviennent, par émissions, de dépôts d’énonciations toujours permises… Ruines, regard, mouvement, mirage, métaphore, dévoration, mobilité, suspension, vide.

Tout ce que nous venons d’énumérer implique la nécessaire présence de la destruction. A proprement parler, la situation n’est pas neuve, mais l’intéressant est le rapport entretenu par F.J. Ossang. Depuis un bon moment déjà elle est au centre de la plupart des préoccupations de production ou de création. Elle est intégrée aujourd’hui, comme élément déterminant de ce processus, en ce sens, elle est placée au coeur du projet, elle est pièce de ce jeu. L’oeuvre s’appuie sur elle, mais il s’agit la plupart du temps de déconstruction-pierre de taille, clé de voûte de l’ensemble, le déconstruit est admirablement bâti. L’édifice ne tient pas sans lui. l’oeuvre le retourne comme un gant.

Chez F.J. Ossang, au contraire, la destruction n’est plus au centre, mais existe en tant que signe périphérique, sans cesse présent dans le champ du regard. Inassimilable, inéliminable. Elle n’est pas éléent de travail, partie du puzzle, morceau de réalisation, mais plutôt réalité, qui oblige le rapport, qui mine toute production de sens, et qui fait donc sens à son tour. Se diviser et flamber pour ne pas règner : la magie de la réalité. « Le poète est dna sune position difficile et souvent périlleuse, à l’intersection de deux plans au tranchant cruellement acéré, celui du rêve et celui de la réalité ». Dans son crâne, comme si c’était un buccin, vibrent la terre et le soleil ; le sel de la mer, sève des sirènes et des tritons, se mêle à son sang ; mourir, c’est vivre une vie plus vaste et plus puissante. Il ne se fond pas, il ne dérive pas, il ne s’immerge pas, il ne s’extasie pas, ne s’abandonne pas. Son attitude vient de l’intérieur de son propre drame d’une chair livrée à l’imperceptible rongement de la ort, d’un esprit rayé par le crissant coup de diamant de l’entropie ; il vient de loin et va profond, il implore autant qu’il frappe et maudit. Ecrire, c’est se mesurer au chaos. Ecrire est un marcheur qui sort de là, déroulant sa bobine. Il sort, il sort nous dit Ossang. Il sort de là. Ecrire, filmer, c’est produire et comprendre les formes à partir d’un « nulle part », « d’un bord de vide ».

Le sentiment de la tâche originelle imprègne beaucoup de ses meilleurs poèmes : ignorance de notre origine et de notre fin, peur devant l’abîme intérieur, horreur de vivre comme à tâtons. Et la mystique est une avnture de la parole autant qu’une aventure des sens. Une aventure, contrairement à ce que l’on attend du roman (fût-il d’aventures), n’a ni commencement ni fin. Elle est pure errance, renoncement à toutes les coordonnées du savoir, c’est-à-dire : de la trame logique de la pensée, de l’infaillibilité des sensations, du caractère fini et définitif de la forme. ((c)Thierry Acot-Mirande)

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Dédicace FJ Ossang 13 juin 2015 – Venezia Central

Marché de la poésie, 13 juin 2015 16h-17h

Place Saint Sulpice
75006 Paris

Stand 400, éditions Le Castor Astral

 

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Rare vidéo : FJ Ossang à Lisbonne en 1990

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Opale 2065 mots

 f.j. ossang

opale 2065 mots – pour claude pélieu
« Rêverie au bord du lac. L’herbe bleue boit ce qui est visible . » (Pélieu, May 78).

De l’autre coté du réel comme sur l’autre rive du lac, j’observe la végétation fugitive et les reflets sur l’eau, à la recherche du contraste où boire un signe d’ombre. Opale 2147 Mots. Bruit de feuilles levées sous le vent. Soleil fixe – trilles d’oiseaux de passage. Il y a 27 ans, Claude Pélieu m’adressait un texte frappé direct à la machine sur fine pelure – via airmail : « Ailleurs Archipels Mutilés, Nous sommes Sans Aucun Doute De l’Autre Coté. » (Cée numéro 6). A présent nous y sommes, de l’autre coté – sans plus distinguer l’envers de l’endroit. Egrainant les pierres blanches qui balisent le Pays des Morts d’où certains reviennent souligner l’exacte tonalité du vivant…

« Claude Pélieu Was Here… » marqué au fer sur les boiseries d’une ferme immémoriale. Son jet a scratché à basse altitude sur le Wahllalah – derrière la frontière canadienne – 24 Décembre 2002, signale la boîte noire de Norwich.

« CECI EST UN POEME-RADIO-BALISE CARBONISE. / L’appel désespéré d’un monde/image troué de nuit… / POEME-ATOLL DE METAL ET DE SANG. » … –

& plus rien, sauf le brouillage-radar qui suivit pour rebondir sur les pierres gelées de l’hiver nord-américain 2003… Au printemps sa dépouille est mise en terre à Norwich ou Cherry Valley – j’étais en Uruguay, lisant au Montevidéen cette notice de Claude : « J’essaie de comprendre les fleurs sauvages aspirant la chair d’avril, et les ondes neigeuses entraînant les larmes de l’aurore » …

La poésie doit avoir pour objet la vérité pratique, a conclu le Comte Ducasse.

Nous y sommes – c’est à dire : nulle part – ni Europe, ni Amérique. « Un océan ou deux nous séparent. L’autre coté tatoué sur un jet de lumière . Un océan qui n’a jamais été le berceau d’une civilisation. Je vois les gens qui nous dénigrent (…) le hasard en poudre oblitère l’à quoi bon d’une pensée ».

LES ANGES MEURENT SUR LE DAMIER ELECTRONIQUE. « Eternally Yours » de The Saints et Les Sonics tournent sur la platine, comme les Pistols ou les Ramones, il y a 27 ans. Je me remémore le flash obtenu à la réception des 2 textes de Claude – mes yeux tâtonnent parmi les derniers mots jetés par dessus l’Atlantique, un soir parmi « les rues de fer de la technosphère ». Europe-America balbutient à l’intérieur du vieux génome Angoisse Blanche sans trouver l’étroit passage menant à l’antiquité de Boering. En Juin 1978 Claude avait 43 ans, et moi 21 – Kiddo, comme il disait, « LE MONDE N’EST PEUT-ETRE QU’UNE IDEE… LA CALOTE POLAIRE CRAQUE. ‘PUNK STORY’. Les eaux du lac changent de couleur. Tu devrais décrocher de la fréquence Lady Death… ». Ce que je fis, rivé aux bordures de la Fenêtre Rose après quoi Opale entre en scène sans effraction, à pas de velours, sous la voûte étoilée enjambant la neige d’une rive à l’autre du lac où gît la Dame – la Banshee des brumes arthuriennes…

 

Tout au bord du vide, guettant les ombres montant du lac sans parvenir à exhumer les télégraphies ni l’éclair qui capta ce printemps 78 où Claude fixe définitivement l’empreinte négative de l’everything is possible déjà lointainement murmuré par Vince Taylor… Another side of France, Another side of America – a song for Europe de Roxy Music, mixé à l’équation burroughsienne de Londres pour imploser dans Hawaï Point de Non-Retour…

«  Opale anxieuse comme l’astre théorique – Opale j’ai dit oui – Opale miroir-fleur de l’Ouest Noir – Opale les feux de tes yeux résonnent encore dans le tambour de mes nerfs – Opale ne demeure pas dans ce ciel d’os que je hais – comme je hais tout ce que j’ai écrit – »

 

Comment dire la vérité pratique affleurant sous les mots et l’inéluctable Geste de Claude Pélieu, tant il est vrai que sans eux nous serions morts – rétamés par l’effarement, l’idiotie, l’usure et l’incalculable vanité qui merdifia la fin du siècle !

« Punk Rules, ok » déclinées sous le vent, à peine levées sur le seuil de vies qu’un vieux remugle abruti, tombé du plus infect rot du père de nos pères conclue déjà : « ces jeunes gens vont mourir par hasard ». Sauf que PELIEU WAS HERE – Tico de Roux venait de rendre les clefs, victime de l’infamie française – ou continentale, l’histoire dira – les kids butaient contre les portes à battants de la connerie pure & dure quand justement Claude est venu, couvert d’une légende Winchester nacrée par les Amphetamine Cow-Boys descendus de Saint-Louis et Denver… Il est venu dans ce bruit d’ailes qui escorte la tombée de la nuit, feulement végétal, tintante écume & lueurs d’anciens chocs bondies à l’approche des vampires, juste souvenance d’un séjour passé tous feux éteints au bord du lac, la portière de sa capsule baillée sur l’éclaircie tombée du ciel avec le crépuscule – plus qu’un seuil de survie, il avait chuchoté : – speede, kiddo, file avec la rançon, et ne te retourne plus – respire un grand coup, bois l’émanation des sonars volatiles, couvre vite la surface possible venue de la pénombre, et file, file sous le métal noir – darde l’entropie armée des télétypes, et dors sans rêve contre la peau dorée d’une jeune fille – tout est fini : il faut écrire télégraphiquement, ou s’abstenir – Ferdine avait prévu…

 

Cuisine proème ou prose, une génération molle et spécialisée combine en son fort intérieur toute la démence dilatoire du flic et du professeur – Artaud Refait, tous refaits, disait l’autre… Les carottes éditoriales sont cuites. Tapettes épileptiques, rock’n roll nazi, barbouzes trafiquées par Satan-Le-Con, filmos pétainistes ou vidéos téléportant la poisse, c’est l’heure – Kiddo, c’est l’heure : double le Cap Brûlant, fripe la craquette à Mimésis, et trace aussi vite et loin que ta bite voudra – plus tard, Diable ou Dieu feront les comptes… Lorsque tu te retourneras, dis-toi que c’est final – on se regardera, le cul par terre, et la tête explosée par le sourire vertical – keep it cool… – filant en pente douce, dans le sel glacé bleui de Cowperstone, Golden Gate, Champs-sur-Tarentaine, Pontoise, ou Fat City – « à contre ciel les grands rouages satinés »…

 

Le futur antérieur débloque à plein suffrage dans une routine du Doc Benway. Paris-Surface dandine sa croupe trempée de sperme sans dénicher ce môme à désastre qui fourre si bien l’indice… Londres n’appelle presque plus. Berlin se trouve glauque. Mémé Justice & Maud La Frise gougnotent Miss America. Sammy grime sa paluche mortelle dans la souille fentée d’Iraqi – supplices… Godamm ! L’histoire ne dément plus la mise à cru d’une succinte idéologie, tant ses godes suintent le vieil onguent, la tribulation faussaire & la hantise labile –

 

INVISIBLE INVASION DES NUITS MUETTES. « La vision Hurlée et Ejaculée a tout remis en question -. » Opale descend sur terre. Luisant avec la tristesse vide, elle s’approche et longe cette veine battante où les garçons s’éveillent du noir. Il n’y a plus de neurasthénie, puisqu’il n’y a pas d’avenir. Brassées de filles bougeant à la bordure d’Islam, de Cham & d’Islande – Hey Man, Did Thou Fight on Libertalia Front… – Yes, We did… Captain Mission was a friend of mine…

« Muir Beach, mouettes & goélands prennent le vol comme des voix d’hommes ». La mer s’est éteinte. On gravit la pente du volcan, puis descend jusqu’à cette lande pour atteindre la grève de miel acide comme les genêts, où l’eau claire, la neige, la semence et le minerai se mêlent aux lèvres d’une fille. Je reste seul avec elle, sa peau brunie sent la chair et la fleur – le sexe et l’aubépine ou l’églantier. « Désir tué dans le tumulte des pauvres par ces milliers de mots arrachés aux bouches d’égoûts de Technopolis. »

 

Everything is possible. La soirée s’élève parmi les ombres grandissantes du lac. Il existe ces moments de passage, des liens entre les bords éclatés du silence. Même si nous ne sommes plus que murmures, ombres pâles ruisselantes de mots – il y a ces temps essentiels, qui « déclenchent », comme un russe peut dire : – La Vodka, ça déclenche… Sous influence divine, Pélieu « déclenche » l’étrangeté de 78… Télétypies métonymes bourrées d’atomes arrivent au bord de ce lac – dans le silence froissé d’un vol d’aigle. Les chambres closes d’où je faxe sans rature à mon tour les signaux de la tribu, brillent de feux sans lueur où tout recommence… Viatique émondé par l’étincelle et la cartouche d’aube selon quoi l’homme et la femme bruissent dans un même soulagement furtif – à coté d’une mort courseuse de sorts où survivre, et reprendre par dessus la vie lasse tout l’onguent de chair vénéneuse qui nous laque le seuil et le col … Baiser à perdre souffle – hmmff so good, il n’y a plus d’âme de rechange. On charge & se démonte aux bois lactés, sur le bord de draps en trempe, comme au fond d’un lac idéal où tout Opale vient boire ces filles tombées d’un mouchoir, suint d’aurore et nacre cueillie aux doigts – dont on goûte la bouche dans un taillis de nerfs. Une sorte de poésie rapide, si l’on veut…

 

« Opale voyage en tous sexes, murmure les odeurs (…) Opale Galaxie-Tumulte (…)

après une équation d’orage – opale a changé ma vie et mon monde (…) Opale me fait écrire sans ratures à la vitesse du son – Opale, otages sexuels qu’elle détient près de cette frontière – (…) Opale, nappe de viande fluorescente (…) – Opale blanche de cœur et de peau – Opale métabolique – opale océanique – Opale ivre dans la serrure d’une vague de son (Opale ivre d’elle-même) (…) Opale poème perpétuel – (…) Opale Enfant Des Courants D’Air – Opale fleur-cintre – Opale femme-pirate et tireuse de cartes – (…) Opale boit mon sang blanc – des flashes-bouches m’inondent de boue – Opale me fait trompe-l’œil, Opale me vice, me vitre, me suggère, m’éteint, me fleure, me fige, me grise comme le chant des avions à réaction, Opale m’embrase, me charme, m’ensoleille, m’actionne en gris, me stop, m’au-revoir, me vermeille, me bleuit, déjà Opale me carrefour et me circonstance – Opale amour-chalumeau rêve américain – »

 

L’autre coté contond une façon d’être, et ne plus être… CHANGER, OU DISPARAîTRE. Claude Pélieu est exactement là. Comme Tico de Roux, il continue de « vivre la nuit, le jour, la même chose, comme une durée infinie ».

Le temps file, et c’est mieux…

 

« Je n’irai pas / par quatre saisons : / les fleurs se quittent / sans se reconnaître, /l’air est comme / une bouillie de fer. »

 

Amérique 63, Claude Pélieu regarde et fourrage – fin d’Algérie bombant violemment la couleur préférée d’une druidesse titubante et vague qui SAIT que l’aventure s’achève.

Images de guerre, publicité, mode, alimentation, stars du consumérisme pop.

Ses collages dévoilent les « mille yeux du poète » – vies multiples passées dans les mémoires rapides d’une intuition de ce monde, où l’on dit que nous vivons, avons vécu, vivrons… Faisceaux fragmentaires de la présence, de l’attention, de la réalité même, ou morceaux de mémoire photographique enregistrée qui se diluent dans la peinture d’un solvant…

Les yeux s’ouvrent sous la découpure du cutter et voyagent. Grand âge et enfance bordant la nuée première – « WSB, étoile filante qui brillera mille ans après sa disparition ». Claude Pélieu se frotte les yeux pour voir QUOI en sortira.

 

ROCK MANTRA POUR UNE AUTRE FOIS –

 

L’odeur mouvante enflamme les mots tandis que les images demeurent implacablement décontextualisées – lointain écho d’un monde aperçu, foulé, traduit sur la muraille glacée de la mémoire – mais lisse, incorruptible par l’odieux « sens » que la Police Globale traque dans chaque ligne pour coller au mur tous ceux qui ne vivent que pour s’expulser de la Matrice Sémantique Idéologique…

 

« A travers leurs dents serrées ils ne verront jamais la neige se bousculer avec les nuages d’encre, tout se tait, tout pourrit… je fais les cent pas autour du manteau d’ouate du marchand de malaria… »
Provoquez des situations, et gardez les notes pour vous seuls. Qui parle est déjà mort. Donc fermons-la – dérivez sur les grands Xerox, surfez sur la décomposition fixe de l’imaginaire, cherchez la ténèbre et verrouillez-vous à l’intérieur : silence de cristal à dénombrer – chaque défenestration de l’icône ouvre droit sur l’antériorité. Terreur du calendrier maya. Action…

F.J. Ossang, Pradel, 18 Juin 2005.

 

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Cinéma / Politique série 1

Cinéma / Politique
série 1

Nicole Brenez
Labor (Ed.), 2005.
ISBN : 2804019810

Série de 3 tables rondes au générique duquel figurent : Jean Luc Godard, King Vidor, Fj Ossang, etc…  

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Un certain accent

Un certain accent
anthologie de poésie contemporaine
Lien Alapage.com
Bernard Noël, (Ed.)
L’Atelier des Brisants/CNDP, mars 2002
ISBN : 2846230307

« Il est assez réjouissant d’envisager la poésie contemporaine dans le jeu de ses correspondances plutôt que dans celui de ses antagonismes, et par conséquent d’imaginer une sorte de poème des poèmes dont chaque séquence serait titrée par les noms des auteurs. La première partie de cette anthologie rassemble, de Jarry à Artaud, des indépendants restés longtemps méconnus. Leur placement en tête parie sur leur exemplarité. On s’étonnera sans doute de voir là Marcel Duchamp. Le choix de cette trinité a fait surgir le titre parce qu’il orientait l’anthologie projetée vers un  » certain accent « , celui d’une inconvenance intellectuelle ayant pour ingrédients l’humour, l’ironie, l’incongruité, la provocation et la déconfiture du goût et de la raison. »
B.N.

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Mr Arkadin, Chronique de FJ Ossang dans So Film

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Docteur Chance – Le jeudi 7 mai à 20h30 à Utopia Pontoise

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LA TOILE DES LECTEURS – Le jeudi 7 mai à 20h30 à Utopia Pontoise
tout spécialement destinée aux rockers et aux nostalgiques de la scène des années 80/90 mais aussi aux punks en herbe en présence du photographe Rafaël Rinaldi, du réalisateur FJ Ossang, leader du groupe MKB Fraction Provisoire et du mythique Marsu, ancien manager des Béruriers Noirs, fondateur du non moins mythique label Bondage Records. Alors petit agité, réveille toi et viens donc…

DOCTEUR CHANCE

Francois-Jacques Ossang – 1997 1h37mn – Avec Elvire, Féodor Atkine, Pedro Hestnes, Stéphane Ferrara, Marisa Paredes, et le regretté Joe Strummer (le chanteur des Clash)…

Du 07/05/15 au 07/05/15

DOCTEUR CHANCEPour F. J. Ossang, le compteur de l’Histoire est resté bloqué quelque part entre 1978 et 1982. Et alors ! Quoi de plus noble que de rester fidèle à ses idéaux de jeunesse ? D’autant plus que ce cinéaste franc-tireur creuse ici encore plus voluptueusement un sillon amorcé avec ses deux premiers longs métrages. Après les Açores hallucinées de son Trésor des îles Chiennes, certes un brin hermétique, cet infatigable baroudeur de l’ailleurs nous embarque pour une virée éperdue sur les pistes sans fin du Chili : un film noir brillamment syncopé, aux couleurs épurées, en forme de road-movie. Continuateur de la tradition moderne du récit policier telle que l’édicta le sarcastique Godard, Ossang est un peu l’enfant bâtard de la Nouvelle Vague et de la new-wave années 80 elle-même influencée par l’avant-garde russe.

Il résulte de ces filiations croisées un polar poétique, fort bien filmé et rythmé, où les clichés du genre sont pris au pied de la lettre, et où la sonorité des mots et des phrases importe plus que leur sens, plus même que l’intrigue. Intrigue qui prend appui sur un récit très classique : quelque part en Amérique australe, un nommé Angstel (Pedro Hestnes), Billy the Kid punk gâté par sa mère Milady (Marisa Paredes) qui dirige un réseau de trafiquants, est engagé dans une combine de faux tableaux. Aux prises avec des tueurs, Angstel rencontre au passage une élégante prostituée, dont il devient l’amant. Ensemble, ils vont braver les vents contraires du destin et fuir jusqu’à la frontière… Enfin, tout cela importe peu. L’essentiel, c’est la grâce avec laquelle Ossang enchevêtre des scènes d’une préciosité baroque­ et les épisodes plus mouvementés d’un périple suicidaire en auto (Porsche ou Buick), puis en avion.
Capharnaüm artistique qui participe du plaisir gourmet du cinéaste, accumulant les citations, enjeux majeurs du dialogue. Ossang témoigne ici d’un goût irraisonné pour la musique du langage. D’où des dialogues qui semblent truffés de rimes : « J’ai récupéré la came, j’ai deux heures d’avance sur le programme », dit Angstel. En restant dans ce registre ludique de l’énonciation, Ossang retrouve la magie obsolète des romans d’espionnage ou des BD de notre enfance. « C’est Runaway Bay qui recommence ! » vaut bien « Le Manitoba ne répond plus ». L’aura du loser magnifique, pierre de touche du rock, plane sur cette épopée pulsatoire, bercée par les accents industriels de Messagero Killer Boy, le propre groupe du cinéaste depuis 1980­, et quelques litanies idoines signées Nick Cave, le Gun Club ou les Stooges.

Avec cette aventure destroy aux confins de la cordillère des Andes et du désert d’Atacama, F. J. Ossang ressuscite l’avant-garde romanesque des années 20, revue et corrigée par la contre-culture électrique, par la pose naïve et poétique

(Victor Ostria, Les Inrockuptibles)

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