Ressortie cinéma des films de FJ Ossang aout 2022 !

Bel article de Chaos Reign pour fêter cette bonne nouvelle !

Et tout le détail sur le site de Solaris ! A retrouver aussi ci-dessous

TRILOGIE F.J. OSSANG

Un film de F.J. OSSANG

Sortie en salles : 24 août 2022

F. J. Ossang est poète, musicien et cinéaste. Héritier du cinéma muet, des situationnistes et de la culture punk, son cinéma revisite, avec une exigence plastique rare, nombre de genres (film noir, road movie, science-fiction).

A l’occasion de la restauration de ses films, SOLARIS DISTRIBUTION a le plaisir de proposer le 24 aout 2022, la Trilogie culte de F.J. OSSANG en version numérique restaurée :

DOCTEUR CHANCE,

https://www.solaris-distribution.com/film/docteur-chance/

LE TRESOR DES ILES CHIENNES,

https://www.solaris-distribution.com/film/le-tresor-des-iles-chiennes/

L’AFFAIRE DES DIVISIONS MORITURI

https://www.solaris-distribution.com/film/laffaire-des-divisions-morituri/

« Une forme de cinéma unique…
Une oeuvre profondément originale. »

PREMIERE

« Une expérience hors limite dans le cinéma français. »

LES CAHIERS DU CINEMA

Téléchargements

F.J OSSANG : Interview de Serge Kaganski

Grand voyageur du temps et de l’espace, de la géographie et du mental, F. J. Ossang possède ce don très précieux de poétiser le monde. Qu’il fasse des films, écrive des poèmes ou réponde à un journaliste, c’est bien le même garçon qui s’exprime, artiste corsaire, cinéaste aventurier, flibustier de la culture qui propage une intense réverbération romanesque du monde.

F. J. Ossang : “Adolescent, l’une de mes premières passions, c’était les moteurs. Les mobylettes trafiquées, les motos, les avions… Et ça a été une vocation contrariée, puisque j’ai eu un accident de moto sans permis à l’âge de 15 ans. Un détonateur : « Je ne serais jamais champion de moto, ni pilote de course ! » (rires)… D’ailleurs, dans mes films, même si je ne l’ai pas complètement réalisée, on retrouve une espèce de symphonie des moteurs… Dans mon cheminement, il y a eu trois grandes étapes : les moteurs, puis la guitare électrique, et enfin la caméra. Et tout ça vécu à travers l’écriture. L’écriture a toujours été là, très tôt. A 13 ans, je me suis mis à écrire énormément. A côté de ça, il y avait une autre fascination : la médecine. Finalement, je n’ai pas fait médecine parce que je ressentais d’abord une urgence à vivre. Pour passer les examens, il m’aurait fallu aliéner l’immédiateté de ces années-là.”

D’où viens-tu, où as-tu grandi ?

Dans le Cantal, encerclé par les montagnes. J’ai grandi dans un bled, puis j’ai été à l’école à Aurillac… Ensuite, je suis parti : Toulouse, Berlin, Londres, etc. L’Auvergne, c’était un peu la terre de l’alchimie, avec les hydrocarbures, etc. Très vite, je me suis intéressé aux écrivains d’Europe de l’Est parce qu’ils véhiculaient cette dimension d’enfermement que je ressentais chez moi. Le Cantal, c’est un grand volcan, cerné par les cheminées des volcans périphé-riques : j’en ai gardé un fort sentiment de claustrophobie. C’est une région dont la splendeur remonte au Moyen Age _ quand tu regardes les monuments, les églises, tout s’est arrêté au XVIème siècle. Tout ça est assez étrange…

Dans ce désert français, comment est venu le goût de la culture, de l’écriture ?

Curieusement, j’ai toujours été assez anglophile. Finalement, Paris a peu compté, c’était plutôt un va-et-vient entre l’Angleterre et l’Espagne, avec le Cantal au milieu. Le Cantal que je considère comme le hasard d’une réincarnation (rires)… Après avoir désiré être pilote, puis médecin, j’ai voulu devenir écrivain et acteur (sourire)… Je voulais garder un rapport avec l’incarnation du texte. J’ai écrit, écrit, écrit et publié un premier recueil de poèmes à 17 ans, Ecorce de sang. Puis le punk est arrivé : ça a été une façon d’échapper à cette nouvelle claustrophobie qu’était la poésie. Parce que la poésie était quand même un champ très fermé.

Tu n’écoutais pas de rock avant ?

Non, c’est le punk qui m’a amené à la guitare électrique… et ça rejoignait les moteurs, le bruit fondateur pour moi (rires)… Les Sex Pistols, Clash, c’était l’accessibilité à une culture immédiate. C’était « fais ton bruit, crée ton son, do it ». Le punk, c’était aussi passer les mots à l’épreuve d’une génération, ne pas s’enfermer dans une culture de classe. J’en avais pas mal discuté avec Helno (le chanteur des Négresses Vertes, qui jouait dans L’Affaire des divisions Morituri). Pour lui qui venait d’un milieu social modeste, ce grand brassage punk où se mélangeaient bourgeois, prolos et décalés était fantastique. Pour moi aussi, c’était un grand brassage social.

Quelle était l’idée directrice d’un groupe comme MKB ?

Ma génération était celle d’une rupture avec ce qu’il y avait avant, l’univers baba, etc. Mais d’un autre côté, le punk a très vite renoué avec les origines du mouvement beat. Il y a eu Clash et les Pistols, mais aussi Tuxedomoon, Cabaret Voltaire, Throbbing Gristle, toute uneeffervescence… Et il me semblait que toutes ces musiques, froides, industrielles, étaient la partition du cinéma du futur. MKB rejoignait ça, et très rapidement, j’ai eu envie de m’attaquer au cinéma. Vers 23 ans, ne sachant plus trop quoi faire, j’ai passé l’Idhec. D’une certaine manière, j’ai fait du cinéma grâce à l’Idhec. Morituri était en fait mon film de fin d’études.

Dans tes films, on retrouve en effet des traces du muet.

Oui, enfin, faut rester modeste face à un cinéaste comme Eisenstein. Mais pour ma génération, qui découvre le cinéma dans les années 70, le cinéma muet avait la même durée historique que le parlant. J’avais la vague idée qu’il y aurait trois générations de cinéastes comme il y a eu trois générations de tragédiens. Et il me semblait que la nôtre pourrait incarner une espèce de synthèse de toutes les avancées du cinéma. Techniquement, cette intuition est légitime puisque, aujourd’hui, on peut quasiment tout faire. En plus, les caméras sont plus légères, les pellicules sont plus sensibles, le son est plus léger…

Qu’est-ce qui te fascinait plus dans le muet ?

J’ai toujours été stupéfait par la quantité d’émotions qui pouvaient être véhiculées par un film muet, par rapport à la pauvreté des films dits « parlants ». Ces films à dialogues sont parfois d’une lourdeur hallucinante ! Il faut une demi-heure pour comprendre qui est le mari, la femme, l’amant (rires)… Alors que quand on voit certains passages de La Grève d’Eisenstein, ça va à une vitesse mentale prodigieuse.

Ton cinéma est une sorte de grand bain sensoriel dans lequel flottent des tas de signes qui fonctionnent comme des stimuli et renvoient à la littérature, à la peinture, bien sûr au cinéma – dont le muet.

Le punk, c’était déjà un peu ça : des impulsions existentielles désordonnées qui se sont cristallisées autour de la musique. Mais dans le cinéma, c’est vrai que le ciné-roman a pris le pas sur le reste. Pourtant, je trouve que le cinéma a beaucoup à voir avec la poésie : c’est le mélange du général et du particulier, c’est les détails et les superstructures du monde.. Je trouve qu’il faut être ambitieux pour les films qu’on entreprend. Le cinéma est un médium très puissant, qui peut aussi être dangereux pour l’artiste parce qu’il risque de se perdre dans la démiurgie.

Ton rapport aux références n’est jamais de l’ordre de la citation ou de la coquetterie vaine. Tu sembles plutôt en être imprégné comme une éponge et ça ressort naturellement dans tes films.

Oui. Un cinéaste comme Godard m’a beaucoup marqué et puis il m’a fait voyager dans le cinéma. Il convoque dans ses films des écrivains, des peintres, mais ça reste toujours léger. Il a une façon unique de s’approprier les oeuvres d’autrui : il les bousille toutes. Il a raison. Un film inspiré d’un livre doit ressembler à un essai. Il doit donner envie d’aller vers le livre plutôt que de le recopier. Aujourd’hui, ce n’est pas compliqué de faire un film : il faut un bon livre et un casting. Mais un bon livre, ça fonctionne par les mots. Abel Gance voulait adapter le Voyage au bout de la nuit de Céline – ça me semble un défi sans nom. Un grand film ne passe pas par les mots. On sait qu’un mauvais livre peut donner un bon film. Ce qu’un film peut à la limite retenir d’un livre, ce sont des situa-tions, mais pas des dialogues ou des mots. Moi, dans mes films, je convoque tout ce qui me plaît : le documentaire, certaines avant-gardes, certains livres, la musique, etc. Dans Docteur Chance, j’ai voulu tout mettre. Mais je crois que c’est comme ça qu’éventuellement on invente une autre forme. J’ai commencé à faire des films en n’y connaissant rien. Je me suis immergé dans la technique comme dans un océan dont il faudrait inventer le langage. La technique, c’est comme la prosodie, ça donne les clés d’inventions diverses.

Dans Le Trésor des îles Chiennes ou dans Docteur Chance, on pense aussi à l’âge d’or hollywoodien, aux grands films d’aventures de Hawks ou Ford, sans doute à cause de l’aviation, de la figure du pilote.

Sans doute, mais j’ai fait la route à l’envers… Avant, j’étais essentiellement fasciné par les avant-gardes russe, allemande et française. Ton cinéma me semble à la fois très primitif – le rapport au muet – et très moderne -l’abstraction, la vitesse, le brassage de références.
J’ai toujours suivi ce double mouvement. D’abord la poésie, l’écriture, comme une relation passionnelle avec sa langue maternelle. Puis le rock’n’roll, qui fut comme la grande défenes-tration du drame des origines. Partout dans le monde, tout le monde comprend le rock, pas besoin de mots. Quand j’ai montré Morituri en Pologne, les Polonais avaient tout compris, malgré une traduction simultanée approximative. Les Chiennes a fait un tabac à Moscou. Tout d’un coup, j’ai été reconnu là-bas comme une sorte de persistance française, de résur-rection accidentelle de la Nouvelle Vague, des choses comme ça. « Typically French » (rires)… Ce qui me passionne dans le cinéma, comme dans le rock’n’roll, c’est ce côté langue de Babel, pouvoir montrer ses films en Asie ou en Amérique du Sud où ils fonctionnent parfois mieux qu’à Paris. Ça, c’est une spécificité cinématographique. Le cinéma muet, particulière-ment, c’était ça. J’ai toujours été très photosensible, d’ailleurs je suis claustrophobe. Et l’épreuve de la pénombre est pour moi l’épreuve de vérité : c’est le voyage au pays des morts, la traversée du Styx. Et le cinéma, c’est la chimie de l’électricité.

Ton cinéma fonctionne-t-il plutôt sur les sens, l’intuition, que sur la rationalité et la logique?

Oui, l’immédiateté, la vitesse… L’immédiateté des intuitions. Ça fonctionne aussi sur une rupture avec la durée sociale. Les gens me croient minoritaire alors que non, je n’ai jamais cherché cela systématiquement. Il y avait des choses qui m’excitaient, je les ai faites. Quand on est dans la pénombre, on est attiré par le moindre faisceau lumineux et j’ai toujours eu envie d’aller y voir de plus près. J’ai eu beaucoup de chance, j’ai continué à faire des films. Des tas de gens étaient plus forts que moi techniquement, connaissaient mieux le cinéma… Je ne dis pas que j’ai fait de bons films, mais j’ai fait des films. Ils sont sans doute imparfaits, immatures, tout ce qu’on voudra, mais je crois que le cinéma doit conserver cette rugosité, cet aspect imparfait, mal foutu. Le cinéma est quelque chose de très mystérieux, et ça me captive. Tu mentionnais Debord. Dans tes films, il est souvent question de complots, de sociétés secrètes, de manipulations, toujours d’un point de vue très romanesque.
Debord est sans doute le seul grand penseur de l’après-guerre. Avec Burroughs. Oui, j’ai une grande admiration pour Debord. Mais les complots, c’est aussi lié à mon goût pour les récits d’aventures. Le récit d’aventures est le récit initiatique de l’Occident, c’est-à-dire le récit d’une expérience intérieure sous les figures de l’action.

D’où vient ta passion de l’alchimie, de l’ésotérisme ?

Pas tellement l’ésotérisme, plutôt l’alchimie. Et en tout cas, pas l’occultisme. Je m’y intéresse depuis l’adolescence. L’alchimie me paraît être une espèce d’hypermatérialisme. Je crois vraiment que la pensée peut s’incarner, notamment au cinéma. Le cinéma, c’est ça : de la pensée qui s’incarne. Parce que c’est le seul mode d’expression qui se conjugue au présent absolu. Même s’il y a du montage et de la postproduction, il y a quand même à la base un enregistrement immédiat du présent.

Tu as des complices dans le cinéma ou te sens-tu solitaire ?

Je suis devenu solitaire par hasard, parce que la dimension collective m’a toujours intéressé. D’où la musique. Je crois que j’ai plus appris sur la mise en scène par le rock’n’roll que par l’Idhec. Un groupe de rock’n’roll, c’est quatre ou cinq personnes qui doivent tendre ensemble vers une énergie unique pour dérouler la cérémonie du dieu Chaos et de l’électricité. Ça a à voir avec le processus de la mise en scène d’un film. Moi, je ne fais pas de différence entre le son et la musique, la musique fait partie du son d’un film, et avec le son d’une scène, on fait déjà de la musique. Un type qui m’a aussi marqué, c’est Von Sternberg, notamment dans un entretien pour Cinéaste, de notre temps. Au début des années 60, Von Sternberg disait déjà que les films contemporains étaient une tautologie permanente _ la caméra montre ce que disent déjà les dialogues, la musique entérine le tout. Il faut au contraire une dialectique entre scénario et film, images et musique… Il faut trier les mots par la lumière et par les gestes pour aboutir à une espèce d’élection qualitative qui est du cinéma.

Aujourd’hui, entre l’écriture, le rock’n’roll et le cinéma, as-tu un moyen d’expression privilégié ?

Ce sont trois expériences de nature très différente, mais les trois se sont toujours interali-mentées. A priori, qu’est-ce qui ressemble le moins à un poète qu’un chanteur de rock’n’roll, ou à un chanteur de rock’n’roll qu’un cinéaste ? Alors ça m’amusait beaucoup d’essayer d’être les trois, de ne pas entrer dans un moule précis. Ça m’amusait assez de susciter un désordre dans l’appréciation… Ça m’a permis aussi d’avoir un autre niveau de conscience et de per-ception des autres. C’est-à-dire que ça m’a aidé à ne jamais me prendre pour moi-même.

Avec l’aimable autorisation de Serge Kaganski.
Interview réalisée en Juin 1998 pour les Inrockuptibles
à l’occasion de l’Hommage F.J Ossang du Festival de La Rochelle.

Présentation de l’oeuvre de F.J. OSSANG par Gabriela Trujillo (Cinémathèque.fr)

HURLEMENTS À L’AGONIE DE LA LUMIÈRE : LE CINÉMA DE F. J. OSSANG

À la fin des années 1970, F. J. Ossang crée la revue littéraire Cée, puis les Céeditions qui lui permettent de publier des textes, entre autres, des poètes Beat William Burroughs et Claude Pélieu, ainsi que du trop peu connu Stanislas Rodanski. L’un des premiers opus qu’Ossang signe est un pamphlet poétique et programmatique, De la destruction pure, le cri d’une génération née désespérée qui trouve dans la poésie l’ultime recours et ressort. L’œuvre écrite se poursuit, à travers une vingtaine de livres, jusqu’en 2015, avec Venezia Central qui mélange poésie en prose et en vers, des textes éclatants où la beauté s’extirpe du chaos du monde. Mercure insolent, autopsie d’un film à venir, est un sommet poétique où le conditionnement matériel d’un cinéma en détresse convoque Hölderlin, et mène le poète à s’écrier : « À quoi bon des cinéastes ? »

LE CHANT REBELLE

À 23 ans, F. J. Ossang intègre l’IDHEC, où il dirige deux court métrages, La Dernière énigme et Zona inquinata. Dans son premier long métrage, L’Affaire des divisions Morituri (1985), la rémanence des avant-gardes soviétiques, à travers un montage hypnotique et halluciné, fait l’effet d’un hapax insolent : des gladiateurs de l’ombre, menés par l’insaisissable Ettore (F. J. himself), se confrontent à un puissant complot bourgeois. On y trouve des allusions à la rage irréconciliable de la Fraction Armée Rouge aussi bien qu’aux cris de la scène post-punk. Et pour cause : ces gladiateurs voués à la mort sont interprétés par les membres d’un groupe proche du réalisateur, Lucrate Milk.

Musique et cinéma sont à jamais indissociables : dans le troisième long métrage, Docteur Chance (1997), Joe Strummer, ancien leader des Clash, joue le rôle de Vince Taylor. Seul film en couleurs de toute l’œuvre jusqu’à aujourd’hui, inspiré à la fois de Pandora et de Solaris, ce road movie aux tonalités ardentes mélange polar et aviation sur les routes interminables d’un désert chilien transfiguré par le rock industriel de MKB (Messageros Killers Boys), dont Ossang est l’un des membres fondateurs. Racontant de manière elliptique les aventures d’un écrivain raté qui fuit d’anciens complices, le film atteint, comme le souhaitait son auteur, la « pureté coupante et confusément colorée d’un poème de Trakl ». Les sons abrasifs du noise’n’roll se mêlent à l’âpreté des trompes tibétaines dans Le Trésor des îles Chiennes (1990), véritable film des années 1920 tourné en CinemaScope. Ce récit d’anticipation hanté par une catastrophe nucléaire et la recherche d’une nouvelle source d’énergie (l’Oréon), montre encore une communauté d’hommes sans passé, téméraires et avides qui entrent dans le royaume des morts par effraction. Il déploie une narration ponctuée d’intertitres poétiques, l’un des sceaux de toute l’œuvre d’Ossang, comme un triomphe des puissances encore prégnantes du Muet et servant à créer des « rythmes d’agression psychique ». Le paysage magistralement filmé en noir et blanc par Darius Khondji est la terre mythique de la nuit rouge à perpétuité, un lieu d’ancrage de plusieurs fictions : les Açores. Seules ces enclaves volcaniques aux ciels de calcédoine permettent de représenter la force tellurique d’un monde minéral qui s’étiole dans un maelstrom atomique où l’on passe, clandestinement, en enfer. Ce lieu énigmatique et protéen où les rayons lumineux infléchissent est aussi celui de l’hypnotique court métrage Silencio qui, suivi des autres courts Ciel éteint ! et Vladivostok, constitue la « Trilogie du Paysage ».

LA LOI DES FANTÔMES

Les récits intuitifs d’Ossang explorent aussi des états limites de la conscience : dans Dharma Guns (2010), un homme est mené, à la suite d’un accident, aux confins de sa propre perception. Film noir, film d’amour, film de science-fiction : ce trip ultime les contient tous, puisque les impulsions existentielles, fulgurance et mort, sont traitées comme des chocs électriques. Et pourtant : entre vitesse, cadrages audacieux, moteurs et paysages à couper le souffle, une femme impassible traverse l’espace, qui semble briser la ligne d’horizon par son mystère. La figure silencieuse d’Elvire est, de film en film, tout à la fois symbole de perdition et de grâce. Dans 9 doigts (2017), c’est à Nowhereland qu’il s’agit d’accoster : une île à la dérive, terre de nulle part où vont s’échouer les splendides nautoniers des limbes, unis comme les doigts de la main. Parmi eux, Magloire, interprété par Paul Hamy, qui porte en lui la langue ardente et opaque du poète haïtien Magloire-Saint-Aude, son hermétisme et sa révolte, au large d’une mer polluée de déchets toxiques impalpables. De la pulvérulence des Açores à la stridence hypnotique des intérieurs d’un vaisseau fantôme, ce dernier opus témoigne, comme l’ensemble des films, poèmes et chansons d’Ossang, d’un monde malade. Entre complots et paranoïa, entre Les Chants de Maldoror et Antonin Artaud, tout pousse l’auteur à vociférer, en guise de générique de fin, un simple et terrible constat : « All my fucking friends are fuckind dead! » Par éclats, Ossang dépeint la grandeur du cinéma : à la démesure narrative d’un conteur baroque répond la puissance plastique de symphonies post-industrielles, deux éléments rares dans le panorama contemporain. Son cinéma peut, comme il le dit de l’œuvre de Guy Debord, contenir à lui seul le « point froid incandescent » de toute une époque. Il nous hurle ainsi, avec une délicatesse étonnante, une eulogie hypnotique pour le cinéma, tout en montrant, d’un noir à l’autre, que si la destruction guette l’homme, le chaos le façonne.

Gabriela Trujillo

EXTRAIT PRESSE

– “L’AFFAIRE DES DIVISIONS MORITURI ”

« Le plaisir rageur de réinventer le cinéma à toute vitesse »

LIBERATION

« Ossang a du rythme, de l’humour, le sens de la dérision, et son admiration pour les films d’action et les poursuites fulgurantes se traduit en belles images nerveuses que l’on n’oublie pas. »

PREMIERE

« Ce jeune homme connaît son art et lui règle son sort avec un courage moral et une virtuosité confondants… Un film qui fait idéale bande à part.
Et qui fait peur comme tout testament de jeunesse . »

SUD-OUEST

– “LE TRESOR DES ILES CHIENNES”

« Le jamais vu éclate enfin dans le cinéma français. »

LES CAHIERS DU CINEMA

« Un film très allumé et quasi hypnotique. Absolument superbe sur le plan du plan, de sa musique, de son rythme incantatoire. »

PREMIERE

« Un film comme on en rêve. Tordu comme une histoire de SF, parodique comme une bande dessinée, beau comme une machine à fasciner. »

REVOLUTION

– “DOCTEUR CHANCE”

« Un film fiévreux et rock, un OVNI du cinéma français. »

LIBERA TION

« Une forme de cinéma unique…
Une oeuvre profondément originale. »

PREMIERE

« Une expérience hors limite dans le cinéma français. »

LES CAHIERS DU CINEMA

« Le plus court chemin pour fracturer les portes du rêve. »

L’HUMANITE

« En 4ème vitesse et à bout de souffle. »

LES INROCKUPTIBLES

« F.J. Ossang possède une chose rare : un talent de cinéaste. »

MAX

« Un poème, une mosaïque visuelle à l’état brut… Une oeuvre étrange et douloureusement belle. »

TRIBUNE DE GENEVE

« Une mauvaise herbe toxique qui fait retrouver une part sensorielle oubliée. Celle que recherchent sans cesse les artistes insolents. »

LE NOUVEAU QUOTIDIEN

« Un film qu’on n’oublie pas ! »

THE GARDIAN

« Les aventures de Tintin. Un Tintin psychopathe. »

EL MERCURIO (Santiago)

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