Eric Carlier nous livre ses impressions sur 9 Doigts

Source

Sortie de la projo de 9 doigts FJ F.J. Ossang .
Un film. Comme on n’en voit pas . Ou plus. C’est d’ailleurs ce qu’a dit Gaspard Ulliel à la vision du cinéma de FJ, « je ne savais pas qu’il y avait des films comme ça en France ! »
Un amoureux du cinéma pur, du kino Argentine comme il dit dans son mercure insolent.
FJ n’est pas seulement cinéaste. Il est aussi ancien punk (écoutez tous mkb fraction provisoire) ami (entre autres) de feu Joe Strummer, avec qui il a tourné en 96 Docteur chance, et écrivain poète post apocalyptique.
D’apocalypse il est question dans ce film, du mystérieux polonium sur la route du nowhereland aux étranges décors de fin du monde, d’intérieurs de paquebot industriel mortifère dans cette navigation vers la mort, ou de cette route aux arbres blancs (majestueux plan glaçant d’un travelling en négatif noir et blanc) et encore dans cette cabine où le plafond semble descendre au fur et à mesure de l’histoire, jusqu’à ce final sol désertique des Acores qu’fj Ossang affectionne depuis des années .
Paul Hamy en magloire et sa troublante ressemblance à Dewaere est parfait dans sa fragilité cameleonesque, Pascal Gregory est somptueux et Gaspard Ulliel terriblement juste en médecin traître, Diogo Doria en capitaine fracasse éructant, et bien sûr Elvire, la muse du boss. Le casting est comme les plans, au millimètre.
Cette projection ovniesco cinenematographico poético muette (au début) a de quoi perdre le consommateur de film ou le critique stagiaire qui cherche une histoire bien ficelée, une caméra à la maladie de la saint Guy, avec de bons acteurs qui, comme dirait Goethe, se comportent comme des marionnettes en répétant comme des perroquets le texte bien apprivoisé.
Ici, nous sommes dans le sauvage, la nature pelée, la pluie battante, et surtout la mer, qui reprend son droit sur la petitesse de l’être humain, avec Lautreamont surgissant des flots et Dreyer de son vampyr, Kurtz de son apocalypse now. Ici nous sommes plus proches de Godard kramer ou pelechian, dreyer Lang ou welles, ne serait ce qu’en écoutant le chef deco ( jeune magicien) qui descend les plafonds mobiles (!) ou décore des objets hors champ pour le plaisir ( et la mise en scène) .
Un film à aller voir pour sortir du carcan merdiatique de la production commerciale.
Et pour les amoureux Cinémathèque Chaillot
Du coup j’ai acheté deux livres que je n’ai pas lu.
Dommage que le hd soit flou, pas comme l’argentique net. Le net est bien flou.

L’image contient peut-être : intérieur
Ce contenu a été publié dans chroniques films, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.