Opale 2065 mots

 f.j. ossang

opale 2065 mots – pour claude pélieu
« Rêverie au bord du lac. L’herbe bleue boit ce qui est visible . » (Pélieu, May 78).

De l’autre coté du réel comme sur l’autre rive du lac, j’observe la végétation fugitive et les reflets sur l’eau, à la recherche du contraste où boire un signe d’ombre. Opale 2147 Mots. Bruit de feuilles levées sous le vent. Soleil fixe – trilles d’oiseaux de passage. Il y a 27 ans, Claude Pélieu m’adressait un texte frappé direct à la machine sur fine pelure – via airmail : « Ailleurs Archipels Mutilés, Nous sommes Sans Aucun Doute De l’Autre Coté. » (Cée numéro 6). A présent nous y sommes, de l’autre coté – sans plus distinguer l’envers de l’endroit. Egrainant les pierres blanches qui balisent le Pays des Morts d’où certains reviennent souligner l’exacte tonalité du vivant…

« Claude Pélieu Was Here… » marqué au fer sur les boiseries d’une ferme immémoriale. Son jet a scratché à basse altitude sur le Wahllalah – derrière la frontière canadienne – 24 Décembre 2002, signale la boîte noire de Norwich.

« CECI EST UN POEME-RADIO-BALISE CARBONISE. / L’appel désespéré d’un monde/image troué de nuit… / POEME-ATOLL DE METAL ET DE SANG. » … –

& plus rien, sauf le brouillage-radar qui suivit pour rebondir sur les pierres gelées de l’hiver nord-américain 2003… Au printemps sa dépouille est mise en terre à Norwich ou Cherry Valley – j’étais en Uruguay, lisant au Montevidéen cette notice de Claude : « J’essaie de comprendre les fleurs sauvages aspirant la chair d’avril, et les ondes neigeuses entraînant les larmes de l’aurore » …

La poésie doit avoir pour objet la vérité pratique, a conclu le Comte Ducasse.

Nous y sommes – c’est à dire : nulle part – ni Europe, ni Amérique. « Un océan ou deux nous séparent. L’autre coté tatoué sur un jet de lumière . Un océan qui n’a jamais été le berceau d’une civilisation. Je vois les gens qui nous dénigrent (…) le hasard en poudre oblitère l’à quoi bon d’une pensée ».

LES ANGES MEURENT SUR LE DAMIER ELECTRONIQUE. « Eternally Yours » de The Saints et Les Sonics tournent sur la platine, comme les Pistols ou les Ramones, il y a 27 ans. Je me remémore le flash obtenu à la réception des 2 textes de Claude – mes yeux tâtonnent parmi les derniers mots jetés par dessus l’Atlantique, un soir parmi « les rues de fer de la technosphère ». Europe-America balbutient à l’intérieur du vieux génome Angoisse Blanche sans trouver l’étroit passage menant à l’antiquité de Boering. En Juin 1978 Claude avait 43 ans, et moi 21 – Kiddo, comme il disait, « LE MONDE N’EST PEUT-ETRE QU’UNE IDEE… LA CALOTE POLAIRE CRAQUE. ‘PUNK STORY’. Les eaux du lac changent de couleur. Tu devrais décrocher de la fréquence Lady Death… ». Ce que je fis, rivé aux bordures de la Fenêtre Rose après quoi Opale entre en scène sans effraction, à pas de velours, sous la voûte étoilée enjambant la neige d’une rive à l’autre du lac où gît la Dame – la Banshee des brumes arthuriennes…

 

Tout au bord du vide, guettant les ombres montant du lac sans parvenir à exhumer les télégraphies ni l’éclair qui capta ce printemps 78 où Claude fixe définitivement l’empreinte négative de l’everything is possible déjà lointainement murmuré par Vince Taylor… Another side of France, Another side of America – a song for Europe de Roxy Music, mixé à l’équation burroughsienne de Londres pour imploser dans Hawaï Point de Non-Retour…

«  Opale anxieuse comme l’astre théorique – Opale j’ai dit oui – Opale miroir-fleur de l’Ouest Noir – Opale les feux de tes yeux résonnent encore dans le tambour de mes nerfs – Opale ne demeure pas dans ce ciel d’os que je hais – comme je hais tout ce que j’ai écrit – »

 

Comment dire la vérité pratique affleurant sous les mots et l’inéluctable Geste de Claude Pélieu, tant il est vrai que sans eux nous serions morts – rétamés par l’effarement, l’idiotie, l’usure et l’incalculable vanité qui merdifia la fin du siècle !

« Punk Rules, ok » déclinées sous le vent, à peine levées sur le seuil de vies qu’un vieux remugle abruti, tombé du plus infect rot du père de nos pères conclue déjà : « ces jeunes gens vont mourir par hasard ». Sauf que PELIEU WAS HERE – Tico de Roux venait de rendre les clefs, victime de l’infamie française – ou continentale, l’histoire dira – les kids butaient contre les portes à battants de la connerie pure & dure quand justement Claude est venu, couvert d’une légende Winchester nacrée par les Amphetamine Cow-Boys descendus de Saint-Louis et Denver… Il est venu dans ce bruit d’ailes qui escorte la tombée de la nuit, feulement végétal, tintante écume & lueurs d’anciens chocs bondies à l’approche des vampires, juste souvenance d’un séjour passé tous feux éteints au bord du lac, la portière de sa capsule baillée sur l’éclaircie tombée du ciel avec le crépuscule – plus qu’un seuil de survie, il avait chuchoté : – speede, kiddo, file avec la rançon, et ne te retourne plus – respire un grand coup, bois l’émanation des sonars volatiles, couvre vite la surface possible venue de la pénombre, et file, file sous le métal noir – darde l’entropie armée des télétypes, et dors sans rêve contre la peau dorée d’une jeune fille – tout est fini : il faut écrire télégraphiquement, ou s’abstenir – Ferdine avait prévu…

 

Cuisine proème ou prose, une génération molle et spécialisée combine en son fort intérieur toute la démence dilatoire du flic et du professeur – Artaud Refait, tous refaits, disait l’autre… Les carottes éditoriales sont cuites. Tapettes épileptiques, rock’n roll nazi, barbouzes trafiquées par Satan-Le-Con, filmos pétainistes ou vidéos téléportant la poisse, c’est l’heure – Kiddo, c’est l’heure : double le Cap Brûlant, fripe la craquette à Mimésis, et trace aussi vite et loin que ta bite voudra – plus tard, Diable ou Dieu feront les comptes… Lorsque tu te retourneras, dis-toi que c’est final – on se regardera, le cul par terre, et la tête explosée par le sourire vertical – keep it cool… – filant en pente douce, dans le sel glacé bleui de Cowperstone, Golden Gate, Champs-sur-Tarentaine, Pontoise, ou Fat City – « à contre ciel les grands rouages satinés »…

 

Le futur antérieur débloque à plein suffrage dans une routine du Doc Benway. Paris-Surface dandine sa croupe trempée de sperme sans dénicher ce môme à désastre qui fourre si bien l’indice… Londres n’appelle presque plus. Berlin se trouve glauque. Mémé Justice & Maud La Frise gougnotent Miss America. Sammy grime sa paluche mortelle dans la souille fentée d’Iraqi – supplices… Godamm ! L’histoire ne dément plus la mise à cru d’une succinte idéologie, tant ses godes suintent le vieil onguent, la tribulation faussaire & la hantise labile –

 

INVISIBLE INVASION DES NUITS MUETTES. « La vision Hurlée et Ejaculée a tout remis en question -. » Opale descend sur terre. Luisant avec la tristesse vide, elle s’approche et longe cette veine battante où les garçons s’éveillent du noir. Il n’y a plus de neurasthénie, puisqu’il n’y a pas d’avenir. Brassées de filles bougeant à la bordure d’Islam, de Cham & d’Islande – Hey Man, Did Thou Fight on Libertalia Front… – Yes, We did… Captain Mission was a friend of mine…

« Muir Beach, mouettes & goélands prennent le vol comme des voix d’hommes ». La mer s’est éteinte. On gravit la pente du volcan, puis descend jusqu’à cette lande pour atteindre la grève de miel acide comme les genêts, où l’eau claire, la neige, la semence et le minerai se mêlent aux lèvres d’une fille. Je reste seul avec elle, sa peau brunie sent la chair et la fleur – le sexe et l’aubépine ou l’églantier. « Désir tué dans le tumulte des pauvres par ces milliers de mots arrachés aux bouches d’égoûts de Technopolis. »

 

Everything is possible. La soirée s’élève parmi les ombres grandissantes du lac. Il existe ces moments de passage, des liens entre les bords éclatés du silence. Même si nous ne sommes plus que murmures, ombres pâles ruisselantes de mots – il y a ces temps essentiels, qui « déclenchent », comme un russe peut dire : – La Vodka, ça déclenche… Sous influence divine, Pélieu « déclenche » l’étrangeté de 78… Télétypies métonymes bourrées d’atomes arrivent au bord de ce lac – dans le silence froissé d’un vol d’aigle. Les chambres closes d’où je faxe sans rature à mon tour les signaux de la tribu, brillent de feux sans lueur où tout recommence… Viatique émondé par l’étincelle et la cartouche d’aube selon quoi l’homme et la femme bruissent dans un même soulagement furtif – à coté d’une mort courseuse de sorts où survivre, et reprendre par dessus la vie lasse tout l’onguent de chair vénéneuse qui nous laque le seuil et le col … Baiser à perdre souffle – hmmff so good, il n’y a plus d’âme de rechange. On charge & se démonte aux bois lactés, sur le bord de draps en trempe, comme au fond d’un lac idéal où tout Opale vient boire ces filles tombées d’un mouchoir, suint d’aurore et nacre cueillie aux doigts – dont on goûte la bouche dans un taillis de nerfs. Une sorte de poésie rapide, si l’on veut…

 

« Opale voyage en tous sexes, murmure les odeurs (…) Opale Galaxie-Tumulte (…)

après une équation d’orage – opale a changé ma vie et mon monde (…) Opale me fait écrire sans ratures à la vitesse du son – Opale, otages sexuels qu’elle détient près de cette frontière – (…) Opale, nappe de viande fluorescente (…) – Opale blanche de cœur et de peau – Opale métabolique – opale océanique – Opale ivre dans la serrure d’une vague de son (Opale ivre d’elle-même) (…) Opale poème perpétuel – (…) Opale Enfant Des Courants D’Air – Opale fleur-cintre – Opale femme-pirate et tireuse de cartes – (…) Opale boit mon sang blanc – des flashes-bouches m’inondent de boue – Opale me fait trompe-l’œil, Opale me vice, me vitre, me suggère, m’éteint, me fleure, me fige, me grise comme le chant des avions à réaction, Opale m’embrase, me charme, m’ensoleille, m’actionne en gris, me stop, m’au-revoir, me vermeille, me bleuit, déjà Opale me carrefour et me circonstance – Opale amour-chalumeau rêve américain – »

 

L’autre coté contond une façon d’être, et ne plus être… CHANGER, OU DISPARAîTRE. Claude Pélieu est exactement là. Comme Tico de Roux, il continue de « vivre la nuit, le jour, la même chose, comme une durée infinie ».

Le temps file, et c’est mieux…

 

« Je n’irai pas / par quatre saisons : / les fleurs se quittent / sans se reconnaître, /l’air est comme / une bouillie de fer. »

 

Amérique 63, Claude Pélieu regarde et fourrage – fin d’Algérie bombant violemment la couleur préférée d’une druidesse titubante et vague qui SAIT que l’aventure s’achève.

Images de guerre, publicité, mode, alimentation, stars du consumérisme pop.

Ses collages dévoilent les « mille yeux du poète » – vies multiples passées dans les mémoires rapides d’une intuition de ce monde, où l’on dit que nous vivons, avons vécu, vivrons… Faisceaux fragmentaires de la présence, de l’attention, de la réalité même, ou morceaux de mémoire photographique enregistrée qui se diluent dans la peinture d’un solvant…

Les yeux s’ouvrent sous la découpure du cutter et voyagent. Grand âge et enfance bordant la nuée première – « WSB, étoile filante qui brillera mille ans après sa disparition ». Claude Pélieu se frotte les yeux pour voir QUOI en sortira.

 

ROCK MANTRA POUR UNE AUTRE FOIS –

 

L’odeur mouvante enflamme les mots tandis que les images demeurent implacablement décontextualisées – lointain écho d’un monde aperçu, foulé, traduit sur la muraille glacée de la mémoire – mais lisse, incorruptible par l’odieux « sens » que la Police Globale traque dans chaque ligne pour coller au mur tous ceux qui ne vivent que pour s’expulser de la Matrice Sémantique Idéologique…

 

« A travers leurs dents serrées ils ne verront jamais la neige se bousculer avec les nuages d’encre, tout se tait, tout pourrit… je fais les cent pas autour du manteau d’ouate du marchand de malaria… »
Provoquez des situations, et gardez les notes pour vous seuls. Qui parle est déjà mort. Donc fermons-la – dérivez sur les grands Xerox, surfez sur la décomposition fixe de l’imaginaire, cherchez la ténèbre et verrouillez-vous à l’intérieur : silence de cristal à dénombrer – chaque défenestration de l’icône ouvre droit sur l’antériorité. Terreur du calendrier maya. Action…

F.J. Ossang, Pradel, 18 Juin 2005.

 

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