TWILIGHT’S LAST GLEAMING (L’ULTIMATUM des 3 Mercenaires) de Robert ALDRICH – Transfuge mai 2013

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TWILIGHT’S LAST GLEAMING (L’ULTIMATUM des 3 Mercenaires)

de Robert ALDRICH

 

L’un des films tardifs les moins connus de Robert Aldrich, TWILIGHT’S LAST GLEAMING, 1977 (L’ULTIMATUM des 3 Mercenaires) ressort sur les écrans, en version longue et restaurée – 144’. Son insuccès à l’époque lui ayant valu d’énormes coupes, il est passionnant de le revoir à 36 ans de distance.

 

QU’EST-IL ARRIVE A BABY JANE, HUSH HUSH SWEET CHARLOTTE, LES 12 SALOPARDS… Qui ne connaît Aldrich et son chef d’œuvre retentissant, KISS ME DEADLY (En 4° Vitesse) manifeste d’une sorte de nouvelle-vague américaine, où le baroquisme et la glaciation affective ferraillent avec le trafic nucléaire…

L’homme est réputé pour sa farouche indépendance, son audace formelle, sa brutalité dans le traitement de la duplicité affective ou sociale. TWILIGHT semble renouer minimalistement avec le fantôme des 12 Salopards tout en substituant à l’ennemi nazi celui de la conspiration militaro-industrielle. Si l’enjeu du film évoque la terreur nucléaire, le fond de la question s’avère le mensonge géneralisé : dans la Raison d’Etat, mais aussi chez les individus qui ne veulent ‘plus rien savoir’.

 

Histoire : Trois évadés s’emparent d’une base militaire contrôlant 9 missiles nucléaires. Le général Lawrence Dell (Burt Lancaster) et deux réchappés du Couloir de la Mort leurrent la garde, puis déverrouillent le sas de la guerre totale. Dell exige que la vérité sur le Vietnam soit enfin proclamée quand ses 2 accolytes ne l’épaulent qu’en échange d’une rançon de 10.000 dollars. Finalement, l’escalade les réunit jusqu’au Point Blank d’où le président des USA lui-même ne reviendra pas. Héroïsme et challenge-suicide se croisent pour ne plus se démêler…

A 2 ans de la fin de la Guerre du Vietnam (on est en 1977), même si l’action du film est située en 1981, TWILIGHT évoque le fond traumatique consécutif à l’un des plus importants conflits périphériques advenus entre les USA et l’URSS – 50000 Victimes américaines et 1 million d’Indochinois tombés pour l’Ultimatum entre les 2 Grandes Puissances…

 

De quoi est-il exactement question ? De faux et de vrai, d’opacité et de transparence, de secret et de démocratie active, de vitalité et de mort, de patriotisme et de désinformation.

De nos jours, tous les possibles sont numérisés pour le piratage, la Nation n’est plus une valeur objective bien que les nationalismes ne cessent de hérisser le poil de la Bête. Bref, on admet tous que le faux est un moment du vrai, afin de mieux remettre en question notre propre réalité… D’ailleurs, a-t-on jamais existé…

 

Le film joue la menace en temps réel, et les atermoiements – le chantage et le passe-passe, le doute et sa conviction sceptique, en 4 écrans logistiques plutôt qu’en split-screen, où la machine dénonce sa propre fiction héroïque. Mais au fond, personne ne croit déjà plus en rien. La menace elle-même fume dans le ciel bleu sans que les milliers de dollars, la sonde apocalyptique, ni une quelconque restauration de la vérité objective ne foulent vraiment la conscience des protagonistes. C’est une machine cinématographique dont la netteté dessine les seuls défis individuels (on dira l’héroïsme, ou le cynisme) cependant qu’une opacité définitive couvre le cadastre des enjeux. Un jour d’autres guerres prendront feu, non plus à la périphérie mais au centre même des grandes puissances – la stratégie est morte avec la réalité, les tacticiens broient du faux sans plus entendre le vrai.

S’ils gagnent du temps, c’est pour mieux perdre le monde.

 

Le film parle de tout autre chose que son scénario. Son excessive clarté ne sert qu’à dénombrer le péril de l’ombre montante. Général Dell ni le Président ni le rebelle noir Willis Boy Powell ne croient en l’utilité du sacrifice – Dell a des accès de jusqu’au boutisme, le président des bouffées d’héroïsme, et Willis-Boy la conviction du fatum, mais tous savent que les dés sont pipés. Ils jouent sans vraiment miser, émondent l’escalade des nerfs, mais fondamentalement ils se cognent du joker.

 

La forme de TWILIGHT est étonnamment claire – c’est un film sans ombre, où le split-screen est rationnellement utilisé pour démontrer l’affrontement médiatique des 2 huis-clos : la cellule de crise de la Maison Blanche avec le Président et ses ‘executive’, et le Bunker où sont réfugiés les 3 ‘terroristes’, selon qu’ils échangent par téléphone et que les caméras de l’une ou l’autre partie capturent ou évitent l’angle mort au centre de la mise tactique…

 

Avec TWILIGHT, Aldrich boucle la boucle : du premier polar nucléaire, effarant d’audace formelle et de froideur psychique – KISS ME DEADLY – au thriller trop clair comme l’atome déréalisé d’un monde parti…

 

F.J. Ossang (1 Avril 13)

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