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Déçus ? Nous non plus !

 

 

La rédaction de CQFD
in CQFD N°2, juin 2003. Ce qu'il faut détruire, 11 N° : 20 euros ou plus en soutien : CQFD - Le RIRe, BP 2402, 13215 MARSEILLE Cedex 02

 

 

   

Dans un articulet aussi saugrenu que mal informé, Libération a cru bon de présenter CQFD comme un « Charlie marseillais » fabriqué par des « déçus du "Charlie" de Philippe Val » (28 mai). C’est évidemment mensonger : il y a bien longtemps que Philippe Val ne déçoit plus personne. Et surtout pas l’équipe de CQFD, composée de chômeurs, de réfractaires, de pigistes en rupture de ban, d’un cheminot tout le temps en grève, d’un postier même pas trotskiste, d’un chanteur de rap poursuivi par le ministère de l’Intérieur, et même — droit d’asile oblige — d’un ancien rédacteur de Charlie. C’est dire si l’envie nous démange de ressembler au « journal de la France d’en haut », pour reprendre l’appellation dont se gargarise, avec une ironie de moins en moins évidente, ce journal un peu exsangue, pro-Otan durant les guerres et pacifiste entre elles, et qui s’imagnine que les pauvres sont tous des cons qui aiment le foot et regardent TF1. Non, le « Charlie marseillais » n’est pas pour nous un compliment. « Même maquette, même typographie », imagine encore Libération. C’est vrai, notre mensuel a seize pages, comme Charlie, du texte et des dessins, comme Charlie, un frigo avec des bières dedans, comme Charlie (pardon, eux n’ont droit qu’à de l’eau minérale). Tout ça n’aurait aucune importance si la petite perfidie de Libé n’avait pas mis Philippe Val dans une rage folle. Non contre Libé, avec lequel Charlie est en partenariat pour un échange de pub hebdomadaire, mais contre nous, et surtout contre les cinq dessinateurs salariés de sa boîte qui avaient eu l’audace de collaborer à notre numéro 1. Du coup, nos valeureux camarades ont décidé qu’ils ne dessineraient plus dans CQFD. Et pour bien avaler la couleuvre jusqu’au dernier viscère, ils ont fait publier dans Libé (31 mai) un rectificatif jurant que leur participation à CQFD « n’a pas été motivée par une quelconque déception à l’égard de "Charlie Hebdo" ». Un serment d’allégeance renouvelé ensuite in extenso dans Charlie. Pour la sécurité immédiate de l’emploi. Parce que dans le monde de l’entreprise, même s’il est de gauche, surtout quand il se prétend de gauche, il vaut mieux s’humilier en place publique qu’être un caillou dans la chaussure de l’employeur. Que le rédacteur-actionnaire-en-chef de Charlie se rassure définitivement : nous n’avons pas l’ambition de racheter son bien, et encore moins de le concurrencer. Il se peut qu’un jour, nous aurons un ou deux mots à dire sur ces tauliers de gauche qui font la morale à la terre entière et se comportent en cheffaillons paranoïaques. Pour l’heure, on se contentera de faire le journal qu’on aime. Sans fric, sans patron et sans déception. Et au soleil de Marseille, parce que là-dessus, au moins, Libé n’a pas menti.

    

 

     

 

   

   
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