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ans un
articulet aussi saugrenu que mal informé, Libération
a cru bon de présenter CQFD comme un « Charlie
marseillais » fabriqué par des « déçus
du "Charlie" de Philippe Val » (28 mai). C’est
évidemment mensonger : il y a bien longtemps que Philippe
Val ne déçoit plus personne. Et surtout pas l’équipe
de CQFD, composée de chômeurs, de réfractaires,
de pigistes en rupture de ban, d’un cheminot tout le temps en grève,
d’un postier même pas trotskiste, d’un chanteur de rap poursuivi
par le ministère de l’Intérieur, et même — droit
d’asile oblige — d’un ancien rédacteur de Charlie.
C’est dire si l’envie nous démange de ressembler au « journal
de la France d’en haut », pour reprendre l’appellation dont
se gargarise, avec une ironie de moins en moins évidente, ce
journal un peu exsangue, pro-Otan durant les guerres et pacifiste
entre elles, et qui s’imagnine que les pauvres sont tous des cons
qui aiment le foot et regardent TF1. Non, le « Charlie marseillais »
n’est pas pour nous un compliment. « Même maquette,
même typographie », imagine encore Libération.
C’est vrai, notre mensuel a seize pages, comme Charlie, du
texte et des dessins, comme Charlie, un frigo avec des bières
dedans, comme Charlie (pardon, eux n’ont droit qu’à
de l’eau minérale). Tout ça n’aurait aucune importance
si la petite perfidie de Libé n’avait pas mis Philippe
Val dans une rage folle. Non contre Libé, avec lequel
Charlie est en partenariat pour un échange de pub hebdomadaire,
mais contre nous, et surtout contre les cinq dessinateurs salariés
de sa boîte qui avaient eu l’audace de collaborer à notre
numéro 1. Du coup, nos valeureux camarades ont décidé
qu’ils ne dessineraient plus dans CQFD. Et pour bien avaler
la couleuvre jusqu’au dernier viscère, ils ont fait publier
dans Libé (31 mai) un rectificatif jurant que leur participation
à CQFD « n’a pas été motivée
par une quelconque déception à l’égard de "Charlie
Hebdo" ». Un serment d’allégeance renouvelé
ensuite in extenso dans Charlie. Pour la sécurité
immédiate de l’emploi. Parce que dans le monde de l’entreprise,
même s’il est de gauche, surtout quand il se prétend
de gauche, il vaut mieux s’humilier en place publique qu’être
un caillou dans la chaussure de l’employeur. Que le rédacteur-actionnaire-en-chef
de Charlie se rassure définitivement : nous n’avons
pas l’ambition de racheter son bien, et encore moins de le concurrencer.
Il se peut qu’un jour, nous aurons un ou deux mots à dire sur
ces tauliers de gauche qui font la morale à la terre entière
et se comportent en cheffaillons paranoïaques. Pour l’heure,
on se contentera de faire le journal qu’on aime. Sans fric, sans patron
et sans déception. Et au soleil de Marseille, parce que là-dessus,
au moins, Libé n’a pas menti.
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