RENCONTRE AVEC ÉRIC MARTIN
« Intervenir en salle après 1h30 de Choron, tu passes forcément pour un triste ! »
Kinorama Nantes

Lieu : Le Concorde Nantes, date : le 19/12/2008 à 18:30, Interventions :  Jean Marc Vigouroux 

Berth

Comment avez-vous rencontré Georges Bernier ?

Éric Martin : Je connais Choron depuis 1993. Je travaillais alors pour le fanzine Canicule, avec Charb. Et nous sommes tombés sous le coup de la même interdiction qu’Hara Kiri, motivée par l’application de la loi de 49 sur l’affichage. Nous avons été interdits pour « présentation de la toxicomanie sous un jour favorable », suite à un dossier satirique… Choron a été le seul à nous soutenir à l’époque. Ensuite, on a sorti Zoo avec Faujour et Berth, un journal dans lequel collaboraient Choron, Vuillemin, Schlingo et Yann Kerninon, que tu connais...

Le film s’est monté dans le souci d'éclairer cet aspect de sa personnalité ?

Éric Martin : Le tournage a débuté en 2003. Il s’était retiré à Aubréville, la ville de son enfance, où sa mère était garde-barrière, pour se soigner de sa maladie. Il avait arrêté de picoler et de fumer. Il m’a appelé un jour, parce qu’on aimait bien « refaire les matchs de rugby » après coup, et m’a confié qu’il s’emmerdait sévère. Je lui ai alors proposé de venir le filmer avec une petite caméra, accompagné de Pierre Carles. Il m’a dit : « il est honnête ce type-là ? » Quelqu’un de son entourage a dû lui dire que oui, parce qu'il a accepté…

C’est donc toute la seconde partie du film, ce retour aux sources, qui est le point de départ… D’où vient dès lors le volet anti-Charlie-Hebdo qui ouvre le documentaire ?

Éric Martin : Le film n’a pas été construit comme un document testamentaire, mais plutôt comme une balade dans les moments forts de sa vie, y compris Marseille, port de départ vers la guerre d’Indochine.
J'étais sûr qu'il allait y passer, à plus ou moins moyen terme, des suites de cette maladie nosocomiale qu’il avait chopée lors de son opération de la vessie (qu’on aborde dans le film). Il venait tourner, transfusé et chargé à mort, en forme pendant trois jours. Trois jours seulement. Et plus je le filmais, plus j’avançais dans le film, plus je me rendais compte que, d’une part, il n’y avait rien sur lui et, d’autre part, que la rédaction du Charlie-Hebdo d’aujourd’hui gommait systématiquement Choron comme les Staliniens leurs dissidents. [Choron, qui n’a pas suivi la nouvelle équipe de Charlie-Hebdo en 1992, a intenté trois procès pour interdire le titre. Sans succès… - NDLR] J’ai voulu aller y voir de plus près…

J’imagine que Pierre Carles n’a pas dû avancer à découvert…

Éric Martin : En effet, nous étions carbonisés auprès de Philippe Val. Nous avons donc envoyé un pote journaliste, qui devait faire un peu le candide, le jeune journaliste de province. Du coup, comme on le voit dans le film, Philippe Val, Cabu et Wolinski s’autodétruisent en le prenant pour un con. On n’a rien eu à faire que de monter les images telles quelles.
Depuis 1998, Val est un imposteur à la tête de Charlie-Hebdo, qui assure sa promotion personnelle en véhiculant une idée de la gauche contestataire comme il voudrait qu’elle soit. Il donne des leçons, mais n’est pas le mieux placé pour le faire…

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À ce titre, l’entretien avec Cavanna, qui revient sur son amitié inaltérable avec Choron, est très émouvant…

Éric Martin : Vous avez peut-être lu cette semaine son article assassin où il fustige « l’humour HEC » de Charlie aujourd’hui. Ce sont peut-être ses derniers moments de lucidité, pour régler ses affaires comme il se doit. Et admettre qu’il s’est bien fait enfler par Val depuis des années.
Val et les autres attaquent par ailleurs la production de Choron dernière, parce qu’on mentionne leurs noms sur l’affiche du film. C’est un peu l’arroseur arrosé, puisqu’ils avaient soutenu (et payé les premières affiches) de Pas vu, pas pris de Pierre Carles, quand Anne Sinclair ou Charles Villeneuve n’avaient pas non plus apprécié d’être sur l’affiche du film.

A qui s’adresse Choron dernière ?

Éric Martin : Je pense qu’il s’adresse aux plus jeunes, qui n’ont pas connu Choron. Par-delà la provocation, c’est une philosophie de vie qui leur est proposée, et qui semble les séduire, à l’heure de tous les interdits. Le film leur permet aussi de mettre en perspective leurs fondamentaux, Les Nuls, Les Guignols et Groland. Si un seul de nos spectateurs attrape le virus et se lance dans la création d’un nouveau journal satirique après avoir vu le film, le pari sera gagné.
Mais nous ne leur fournissons pas la méthode « clé en main » : on ne prend pas les gens pour des cons, tout ce qui n’est pas dit dans le film est disponible sur Internet…

C’est amusant, non, cet hommage posthume, un peu à rebours, de la presse qui semble défendre le film… ?

Éric Martin : Carrément ! Il faut savoir que c’est après le scandale de Choron à Droit de réponse que l’émission a vraiment décollé et que Michel Polac a compris l’importance des débats contradictoires. Mais le lendemain, L’humanité traitait Choron d’« éponge à whisky » et Libération titrait sans trop se gêner « Crève, Charlie ! ».
Il a été détesté par la presse nationale. Alors maintenant qu’elle se la joue « formidable liberté d’expression » ou « humour ravageur, en avance sur son temps », ça fait franchement rigoler…

Pour parodier l’accroche de Pas vu, pas pris, on n’est donc pas prêt de voir Choron dernière sur Canal Plus ?

Éric Martin : Le film n’a été préacheté par aucune chaîne de télévision, y compris Canal Plus. Et pourtant, quand tu vois ce que « l’esprit » de la chaîne doit à Choron… et Alain Chabat n’a pas toujours eu à aller chercher très loin pour signer certains de ses meilleurs sketches. Mais bon, c’est ainsi… même si ça casse un peu les couilles !

C’est plutôt un bon mot de la fin, compte tenu du bonhomme…

Éric Martin : En effet...

Jeux de con

 
 

Choron, Dernière