Dharma Guns chez Mouvement.net

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09/03 > 09/05/2011 – PARTOUT EN FRANCE
Prise d’Ossang
Dharma Guns en salles
FJ OSSANG

2011 démarre en fanfare pour FJ Ossang, l’enfant terrible du cinéma français : après deux importantes rétrospectives à Rotterdam et Mexico, il dégaine un nouveau long métrage, Dharma Guns, assorti de la reprise en salles des trois premiers et de la parution d’un costaud coffret DVD.

La France est ce pays dans lequel la fréquentation des salles obscures a atteint en 2010 un niveau record, au bénéfice de films aussi considérables que Les Petits mouchoirs, L’Arnacœur ou Camping 2. La France est ce même pays dans lequel un cinéaste, un vrai – FJ Ossang nous en offre ici un exemple particulièrement frappant – peut être contraint d’attendre près de quinze ans pour pouvoir tourner un long métrage. Entre Docteur Chance, sorti en 1997, et le flambant neuf Dharma Guns, mis en circulation le 9 mars, il s’est ainsi écoulé (beaucoup) plus de temps qu’il n’en faut à un Luc Besson pour monter ses projets et augmenter ses profits. Comment FJ Ossang a-t-il traversé tout ce temps ? Tout d’abord, il a vécu – ce qui n’est déjà pas rien, par les temps qui courent. Ensuite, il a voyagé, et rêvé, engrangeant des visions, sans lesquelles le cinéma n’est pas davantage qu’un divertissement du samedi soir. Et puis, en attendant de réunir les fonds nécessaires à la réalisation d’un long, il a aussi tourné des courts métrages, dont le foudroyant Silencio (Prix Jean Vigo 2007).

Face à Dharma Guns, l’on pense souvent à Vigo, Cocteau ou Murnau, et de manière générale à tous ceux qui, depuis l’aube du 7e art, se postent résolument du côté de l’action poétique. S’il porte à la pellicule un attachement proche du fétichisme, Ossang se garde bien, dans ce film comme dans ses précédents, de céder à la tentation du passéisme mortifère. Tout en élans et en éclats, son cinéma apparaît au contraire profondément vivant : un authentique cinéma d’art et d’excès. Dès l’électrisante séquence d’ouverture de Dharma Guns – une course de ski nautique au rythme d’enfer –, le spectateur est propulsé au cœur d’un ténébreux récit, dont il renonce vite à tenter de percer tous les mystères. Variation sur le mythe d’Orphée, le film (en 35 mm noir et blanc) déroule une sombre – pour ne pas dire crépusculaire – histoire d’héritage, au centre de laquelle se débat Stan van der Decken, jeune homme très photogénique errant au pays de Las Estrellas, cette île-monde située quelque part entre ici-bas et au-delà. Toutefois, l’important n’est pas tant l’histoire que la manière dont elle est contée, c’est-à-dire mise en scène, et en cette ardue matière FJ Ossang sait y faire. Tous les signes distinctifs de son cinéma crèvent l’écran, du premier au dernier plan : sens aigu du cadrage et de la lumière, rythme impeccable, dialogues crépitants (dont le sens compte souvent moins que le son), ambiance de fin de civilisation et post-punk à tous les étages – sans oublier Elvire, fidèle muse et compagne, à la fois actrice principale et ordonnance (dans l’acception militaire du terme) d’un film jeté à corps perdu dans la bataille.

Parallèlement à la sortie de Dharma Guns sont repris en salles, et en copies neuves, les trois premiers longs métrages – L’Affaire des divisions Morituri (1984), Le Trésor des îles chiennes (1990) et Docteur Chance (1997) – de FJ Ossang, en attendant la parution imminente (début avril) d’un coffret DVD édité par Potemkine et Agnès B. Des trois, L’Affaire des divisions Morituri est le plus chaotique, en synchronie parfaite avec la mouvance post-punk (1), tandis que Docteur Chance, épopée tragique aux confins du réel, s’impose comme le plus fiévreux et le plus beau, l’aura du film étant intensifiée par la présence magnétique de Joe Strummer dans un second rôle. Le coffret DVD comprend en outre La Dernière énigme (1982) et Zona Inquinata (1983) les deux premiers courts métrages d’un cinéaste qui, près de trente ans après ses débuts, demeure encore et toujours en état d’alerte.

1. Ossang fut aussi très actif sur le versant musical du post-punk, au sein de Messagero Killer Boy (MKB, pour les intimes), groupe ayant largué plusieurs albums sur le monde, dont Terminal Toxique, réédité en 2006 par le label Seventeen Records.

> Dharma Guns, de FJ Ossang à découvrir en salles.

Jérôme Provençal

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